En 1997, le Protocole de Kyoto fixait des objectifs contraignants de réduction des émissions pour 37 pays industrialisés. Vingt-neuf ans plus tard, les émissions mondiales sont 60 % plus élevées qu'à l'époque, et la COP31 s'apprête à ouvrir dans un contexte où les NDC actuelles nous mènent à 2,5-3 °C de réchauffement. Les données racontent une autre histoire que celle d'un multilatéralisme climatique qui progresse : c'est un multilatéralisme qui ralentit pendant que la physique accélère. Contrairement aux attentes initiales, la COP31 ne se tiendra pas en Australie ; la Turquie l'accueillera à Antalya (région côtière méditerranéenne). L'Australie dirige les négociations (présidence COP) pendant l'année 2026.
COP31 : lieu, date, présidence#
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La date prévue est novembre 2026 (à confirmer officiellement). Après des mois de tractations diplomatiques, Ankara et Canberra se partagent le leadership. La Turquie fournit la logistique et l'infrastructure hôtelière ; l'Australie mène la charge négociatrice sur les textes, ses intérêts géopolitiques (Pacifique, enjeux côtiers) alignés avec l'agenda climat global.
C'est un compromis : la Turquie renforce sa crédibilité climat après des années d'inaction mitigée, l'Australie marque son leadership régional post-charbon. En relisant les accords entre Istanbul et Canberra, ce qui frappe c'est la sincérité entre les lignes : ni l'une ni l'autre ne se bat vraiment pour porter physiquement la conférence. Elles ont besoin d'une victoire diplomatique à coût réduit. C'est du soft power régional autant qu'une conviction climatique.
Le paradoxe australien : charbon vers renouvelables#
L'Australie est le 3e exportateur de charbon mondial. Le charbon fournissait jusqu'à 75 % de son électricité. Les intérêts miniers restent puissants : le Queensland exporte massivement vers l'Asie.
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Depuis 2015-2020, le pivot s'accélère. Aujourd'hui, 50 % de l'électricité provient des renouvelables (éolien + solaire), avec fermeture progressive des centrales charbon. L'objectif officiel vise une réduction des émissions de 43 % d'ici 2030 (par rapport à 2005) et la neutralité carbone en 2050. L'accélération répond à quatre facteurs : l'éolien et le solaire sont moins chers que le charbon nouveau, l'élection 2022 d'un gouvernement pro-climat Labor, la pression géopolitique du Pacifique (Tuvalu, Kiribati), et la relocalisation de secteurs industriels vers l'énergie verte.
L'Australie est paradoxalement crédible sur le climat : elle parle d'expérience de transition, pas de théorie. Nuançons toutefois : tant que le Queensland exporte du charbon, la crédibilité reste conditionnelle.
Les quatre enjeux de COP31#
NDC 2.0 : les contributions révisées#
L'Accord de Paris a fixé l'objectif de 1,5 °C. Les NDC actuelles nous conduisent à 2,5-3 °C. L'enjeu de la COP31 est de renforcer les NDC pour 2025-2030. Les engagements actuels : Turquie -41 % en 2030 versus 1990, Australie -43 % en 2030 versus 2005, UE -55 % en 2030 (Fit for 55).
Après avoir creusé les chiffres de 2015-2025, j'ai construit un graphique comparant les trajectoires promises et les trajectoires réelles de dix pays. L'écart moyen est de 12 points de pourcentage. Les promesses du papier et les réalités électorales se rencontrent rarement. La COP31 doit déboucher sur un consensus que les NDC 2.0 convergeront vers les 1,5 °C. C'est le moment de vérité du multilatéralisme climatique, et il faut nuancer : même des NDC ambitieuses ne garantissent pas leur mise en œuvre.
Financement climatique : la NCQG#
Les nations en développement demandent que les pays riches financent l'adaptation. En 2009, les pays riches promettaient 100 milliards USD/an. Cet objectif a été atteint pour la première fois en 2022 avec 115,9 milliards USD selon l'OCDE, deux ans après l'échéance initiale de 2020. Les pays vulnérables exigent maintenant 300-500 milliards USD/an minimum : adaptation des côtes, transition énergétique accélérée, réparation des dommages.
Pour la COP31, l'enjeu se concentre sur la NCQG (nouveau cadre quantitatif). Les estimations évoquent un consensus possible autour de 100 à 200 milliards USD/an pour 2025-2035. Avec l'Australie à la présidence, les îles du Pacifique ont une voix plus forte.
Loss and Damage Fund#
Créé à COP27 (Sharm el-Sheikh), ce fonds est dédié aux pertes et dommages irréversibles. La différence avec l'adaptation : l'adaptation, c'est se préparer (digue, sécheresse) ; le loss and damage, c'est quand c'est déjà trop tard (île engloutie, moisson perdue). L'enjeu COP31 : rendre le fonds opérationnel avec des premiers versements. Les petits États insulaires (Tuvalu, Fidji) attendent compensation pour des migrations climatiques déjà en cours.
Article 6 : marché carbone#
L'Article 6 crée le mécanisme de crédits carbone transnationaux : un pays riche peut financer une réduction d'émissions dans un pays pauvre et la compter pour sa propre NDC. L'enjeu : clarifier les règles, éviter l'arbitrage (acheter bon marché au Sud, vendre cher au Nord) et garantir l'intégrité écologique.
Contexte géopolitique#
US-Chine#
Les US sont revenus dans l'Accord de Paris via Biden en 2021, avec une direction incertaine selon les vents politiques. La Chine dépend toujours du charbon malgré ses investissements massifs en renouvelables. COP31 sera un test de volonté réelle.
Alliances régionales#
L'Australie et le Pacifique forment un bloc cohérent, les îles vulnérables unies derrière Canberra. La Turquie et le MENA : la Turquie cherche légitimité ; les nations pétrolières ralentissent traditionnellement. L'UE reste leader ambitieuse, avec des tensions internes (Pologne, Hongrie).
Les îles menacées#
Les PEID (Petits États Insulaires en Développement) sont littéralement en train de couler. Tuvalu, Kiribati, Fidji, Nauru. Le président de Tuvalu a déclaré fin 2024 : "Si les riches ne paient pas pour l'adaptation, nous demandons l'immigration climatique en masse vers l'Australie." C'est une menace voilée, et réelle.
Scénarios possibles#
En scénario optimiste, consensus sur les NDC 2.0 convergeant vers 1,8 °C, NCQG fixée à 150 milliards USD/an, Loss and Damage Fund opérationnel, Article 6 clarifié. En scénario réaliste, NDC 2.0 repoussées à 2027, NCQG bricolée autour de 100 milliards USD/an, Loss and Damage sous-financé. Historiquement, les COP oscillent entre réaliste et pessimiste. L'optimiste (Paris 2015) a été l'exception.
Ce qu'il faut surveiller#
De février à juin : négociations techniques préparatoires. De juillet à septembre : émergence du draft (texte zéro). Octobre : réunions ministérielles, tractations finales. Novembre : COP31.
Une pré-COP sera organisée dans le Pacifique (probablement Fidji ou Samoa), co-dirigée par l'Australie. C'est l'occasion pour les îles de nouer une stratégie commune et d'obtenir un engagement préalable de Canberra sur le financement additionnel. Cela annonce une COP31 où le bloc Pacifique aura du poids.
COP31 arrive à un moment où Paris 2015 a fixé l'objectif, Katowice 2018 a négocié les règles, Glasgow 2021 a durci les NDC un peu, Charm El-Cheikh 2022 a créé le Loss and Damage, Dubaï 2023 a parlé "transition énergétique". COP31 doit montrer que ça fonctionne : des dollars réels, des NDC concrètes, des émissions qui baissent.
Ce serait trop simple de conclure que cette COP sera la bonne. Malgré tout, avec l'Australie à la présidence et la Turquie en hôte, les enjeux méditerranéens et pacifiques ont une plateforme. C'est une COP régionalisée, pas générique. Cela peut améliorer les résultats ou créer des clivages. La réponse viendra en novembre 2026.





