La COP30 de Belém s'est terminée sans mention explicite des énergies fossiles dans son accord final. Un simple rappel du texte de la COP28, rien de plus. Cinq mois plus tard, la Colombie et les Pays-Bas organisent la première conférence internationale dédiée à la sortie des fossiles, du 24 au 29 avril 2026 à Santa Marta. 47 pays confirmés. Le nom officiel ne laisse aucune ambiguïté : "First International Conference on the Just Transition Away from Fossil Fuels".
La question n'est pas de savoir si cette conférence est une bonne idée. Elle l'est évidemment. La vraie question, c'est de savoir si elle peut produire autre chose qu'une déclaration de plus.
Ce que Santa Marta met sur la table#
Le programme s'étale sur six jours. Du 24 au 27 avril, des dialogues entre parties prenantes, société civile, secteur privé, communautés affectées. Les 28 et 29, le segment gouvernemental de haut niveau, co-présidé par Irene Vélez Torres, ministre colombienne, et Sophie Hermans, vice-première ministre néerlandaise.
Trois piliers structurent les discussions : la dépendance économique aux fossiles et comment en sortir, la gestion de l'offre et de la demande, et la coopération internationale pour financer la transition. Le résultat attendu est ambitieux : une plateforme internationale permanente, des trajectoires pratiques par pays, un secrétariat technique pour suivre les engagements.
Quand j'ai compilé la liste des 47 pays participants, ce qui m'a frappé, c'est la présence du Canada, de l'Australie, du Brésil et de la Norvège. Quatre producteurs majeurs de fossiles assis à la table. Ce n'est pas anodin. La Déclaration de Belém, signée par 24 pays en novembre 2025 à la COP30, avait posé le principe d'une feuille de route. Santa Marta doit la concrétiser.
Et puis il y a ce chiffre plus large : environ 90 pays avaient demandé une feuille de route fossiles pendant la COP30. Plus de 80 soutiendraient la démarche colombienne selon plusieurs sources. Entre les 47 confirmés à Santa Marta et les 80+ qui soutiennent le principe, le fossé dit quelque chose sur la différence entre soutenir une idée et s'engager concrètement.
Les absents pèsent plus lourd que les présents#
C'est là que mon enthousiasme se refroidit sérieusement. Les États-Unis, la Chine et la Russie ne participent pas. Les trois plus gros émetteurs mondiaux, absents. Les fossiles représentent encore entre 86 et 87 % de l'énergie mondiale selon l'Energy Institute. Une conférence sur la sortie des fossiles sans les pays qui en produisent et en consomment le plus, c'est un peu comme organiser une réunion sur la sobriété sans inviter les brasseurs.
Je ne dis pas ça pour discréditer l'initiative. Mais il faut regarder les chiffres en face. La COP30 de Belém n'a pas réussi à inscrire les fossiles dans son texte final. L'Union européenne elle-même avait menacé de bloquer les négociations avant de reculer pour ne pas porter la responsabilité d'un échec. Et la conférence de Santa Marta se tient hors du cadre officiel de la CCNUCC, ce qui lui donne de la liberté mais lui retire tout pouvoir contraignant.
La représentante du Vanuatu l'a formulé sans détour à Belém : "We are already drowning. But we will not give up and we will never give up." Les Îles Marshall ont ajouté que le mandat était clair, que des pays du monde entier demandaient cette feuille de route. Le problème n'est pas le mandat. Le problème, c'est qui accepte de le suivre.
La position française, entre deux chaises#
La France n'a pas signé la Déclaration de Belém. Pourtant, elle est membre de la Beyond Oil And Gas Alliance depuis la COP26 en 2021 et a été le premier pays au monde à interdire l'exploration d'hydrocarbures avec la loi Hulot de 2017. Sur le papier, un bon élève.
Dans les faits, le Haut Conseil pour le Climat pointe un rythme de réduction des émissions de 1,8 % par an, alors qu'il faudrait 4,5 % par an entre 2025 et 2028. L'objectif affiché est de passer de 60 % à 40 % de dépendance aux fossiles d'ici 2030. Ce que la SNBC-3 décrit en détail.
Franchement, je ne sais pas quoi penser de l'absence française à Belém. Est-ce un calcul diplomatique pour garder des marges de manœuvre avec les producteurs ? Une négligence ? Le fait qu'aucune déclaration officielle française ne mentionne Santa Marta à ce stade ne clarifie rien.
Ce qui peut sortir de Santa Marta, et ce qui n'en sortira pas#
Si la conférence produit une plateforme permanente avec un secrétariat technique, ce sera un résultat tangible. Un mécanisme de suivi hors CCNUCC qui pourrait alimenter les futures COP, à commencer par la COP31 à Antalya en novembre 2026 sous présidence australienne. Le fait que l'Australie, producteur fossile, préside la prochaine COP et participe à Santa Marta crée un alignement intéressant.
Une deuxième conférence est déjà prévue à Tuvalu dans l'année suivante. Le choix d'un petit État insulaire du Pacifique est évidemment symbolique, mais le symbole a du poids quand il s'agit de rendre visible l'urgence climatique pour les pays les plus vulnérables.
Ce qui n'en sortira pas : un accord contraignant, des engagements chiffrés de réduction par pays, ou une adhésion des grands absents. Le texte de référence reste la décision COP28 qui appelle à une transition "juste, ordonnée et équitable" loin des fossiles dans les systèmes énergétiques. Santa Marta peut préciser le "comment", mais pas forcer le "quand".
Mon analyse, et je la livre pour ce qu'elle vaut : Santa Marta est nécessaire parce que le processus onusien a prouvé son incapacité à nommer le problème. Mais 47 pays volontaires sans les trois premiers émetteurs, ça ressemble davantage à un laboratoire d'idées qu'à un virage. Le vrai test, ce sera Antalya en novembre. Si les trajectoires de Santa Marta se retrouvent dans le texte de la COP31, alors cette conférence aura été utile. Sinon, ce sera une déclaration d'intention de plus dans une pile qui commence à peser lourd.





