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Post-COP30 : feuille de route fossiles, test juin 2026

Post-COP30 : feuille de route fossiles, test juin 2026

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

Six mois après la clôture de la COP30, la feuille de route fossiles n'existe toujours pas sur le papier. Elle existe dans les communiqués, dans les promesses du président brésilien André Corrêa do Lago, dans la grogne des 80 États qui voulaient un texte clair. Mais pas dans un document de négociation onusien. Le mois de juin 2026 va trancher : la session SB64 de Bonn s'ouvre le 8 juin, le sommet Y7 boucle ses recommandations à Paris le 20 mai, et le G7 d'Évian se réunit du 15 au 17 juin. Trois rendez-vous, un seul enjeu : transformer une promesse de présidence en mandat collectif. Ce qui me préoccupe, c'est que personne dans les chancelleries ne semble pressé. Le calendrier officiel parle de "sessions d'informations" en juin et novembre 2026, pas de négociation. La nuance compte.

Belém, six mois plus tard : ce qui a été décidé et ce qui ne l'a pas été#

Pour approfondir le bilan immédiat de la conférence, consultez notre retour sur les négociations climatiques de 2025.

L'accord Mutirão adopté le 22 novembre 2025 à Belém ne contient aucune référence explicite à la sortie des combustibles fossiles. C'est le constat brut. La présidence brésilienne a obtenu un texte sur l'adaptation, sur le financement, sur la déforestation, mais a dû renoncer au mandat de négociation que demandait une coalition de plus de 80 pays européens, latino-américains et insulaires.

Le compromis Correa do Lago#

Plutôt que de laisser le dossier mourir dans la salle plénière, André Corrêa do Lago a annoncé en clôture qu'il portait deux feuilles de route sous l'autorité directe de la présidence : l'une sur la déforestation, l'autre sur la transition hors des fossiles "de manière juste, ordonnée et équitable". Hors processus onusien formel. Hors mandat collectif des Parties. Une initiative présidentielle, ce qui n'engage personne au-delà du Brésil.

Le texte final prévoit deux "sessions d'informations" pour rendre compte des travaux : juin 2026 à Bonn, novembre 2026 à Antalya pendant la COP31. Un rapport doit ensuite être remis aux Parties. Cette mécanique évite l'échec frontal, mais elle déplace la question vers un format où l'absence de pouvoir de décision est structurelle.

Le blocage géopolitique reste intact#

Les pays qui ont fait barrage à Belém n'ont pas changé de position : Arabie saoudite, Russie, Inde, Émirats arabes unis, ainsi qu'une partie du groupe arabe et plusieurs États africains producteurs. Les États-Unis sont sortis de l'Accord de Paris quelques mois avant la COP, ce qui retire un acteur majeur du dossier et déstabilise l'aile occidentale du front pro-sortie. L'Union européenne, le Royaume-Uni, la Colombie, les Pays-Bas, les petits États insulaires et plusieurs États latino-américains restent en première ligne pour pousser une formulation contraignante.

SB64 Bonn, 8-18 juin 2026 : le premier vrai test technique#

Les 64es sessions des organes subsidiaires de la CCNUCC se tiennent au World Conference Center Bonn du 8 au 18 juin 2026, avec une période pré-sessionnelle du 2 au 7 juin. SB64 n'est pas une COP. Aucune décision contraignante n'y est adoptée. Mais c'est là que se construisent les textes de négociation qui arriveront à Antalya en novembre.

Ce qui se joue concrètement#

L'organe subsidiaire de mise en œuvre (SBI) et l'organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique (SBSTA) vont absorber le rapport intermédiaire de la présidence brésilienne sur la feuille de route fossiles. Première lecture publique, premières réactions des États, premières lignes rouges. Si Bonn enterre le dossier dans une note de bas de page technique, la feuille de route Correa do Lago n'arrivera à Antalya qu'en parallèle du processus officiel, sans force d'engagement.

Cette session intermédiaire absorbe aussi les travaux post-bilan mondial 2023 (le Global Stocktake) sur l'atténuation, la planification de l'adaptation, le financement climatique, et la transparence. La feuille de route fossiles n'est pas un point séparé de l'ordre du jour : elle se glisse dans le dialogue d'Émirats sur l'atténuation et dans la mission de Belém vers 1,5 °C lancée par le texte de novembre 2025.

Le risque de la dilution technique#

Le format SB privilégie les ateliers, les contributions écrites, les sessions de consultation. C'est utile pour cadrer les enjeux scientifiques et économiques. C'est inadapté quand le verrou est politique. Bonn ne pourra pas forcer Riyad ou Moscou à accepter un calendrier de phase-out. Le risque que je vois : la feuille de route ressortira de Bonn avec une centaine de pages d'options techniques, sans hiérarchie ni séquence claire, ce qui donnera à la présidence australienne des négociations en novembre un texte ingérable.

Santa Marta, avril 2026 : la pré-conférence colombienne a déjà bougé les lignes#

Avant Bonn, la Colombie et les Pays-Bas ont co-organisé du 24 au 29 avril 2026 la première Conférence internationale sur la transition hors des combustibles fossiles à Santa Marta. Cinquante-sept pays présents, représentant environ un tiers de l'économie mondiale, hors cadre onusien. La France y a présenté sa propre feuille de route nationale de sortie progressive.

Ce qui est sorti de Santa Marta#

Trois piliers thématiques : sortir de la dépendance aux fossiles, transformer l'offre et la demande, renforcer la coopération internationale et la diplomatie climatique. Une pré-conférence scientifique réunissant 400 universitaires a lancé un nouveau panel scientifique chargé de produire des analyses ciblées pour les États engagés dans une trajectoire de phase-out. Tuvalu et l'Irlande ont été désignés co-organisateurs du deuxième sommet en 2027.

Cette conférence n'a pas de valeur juridique. Elle construit une plateforme politique parallèle, une "coalition des volontaires" qui pourra alimenter la feuille de route Correa do Lago sans attendre l'unanimité onusienne. C'est exactement le modèle que le Brésil défend depuis Belém : un multilatéralisme climatique à deux vitesses, où une coalition restreinte avance pendant que le processus formel cherche le consensus.

Le problème du périmètre#

Les 57 États présents pèsent un tiers de l'économie mondiale, mais ils ne couvrent pas les principaux producteurs et exportateurs : pas d'Arabie saoudite, pas de Russie, pas des États-Unis, présence symbolique de l'Inde. Une coalition qui exclut les vrais émetteurs ne déplace pas la trajectoire physique des émissions. Elle déplace le récit politique, ce qui n'est pas rien, mais ne suffit pas à boucler le budget carbone 1,5 °C.

Y7 Paris, 17-20 mai 2026 : la pression jeunesse avant Évian#

Le sommet Y7, organisé par l'Institut Open Diplomacy à la Maison du Développement Durable à Paris, rassemble les délégations jeunesse des sept pays du G7 du 17 au 20 mai 2026. Thème officiel : "lutter contre la polycrise". Le communiqué final, signé par les délégations nationales, est transmis aux chefs d'État et de gouvernement avant Évian.

Pourquoi le Y7 compte cette année#

La présidence française du G7 a fait du méthane fossile et de la finance climatique deux dossiers prioritaires. Le ministère de la Transition écologique a annoncé au G7 environnement de Paris en avril 2026 sept déclarations sectorielles (biodiversité, océans, eau, désertification, immobilier résilient), mais le mot "climat" a été soigneusement écarté du texte principal selon plusieurs observateurs présents. La pression du Y7 sur une feuille de route fossiles explicite est l'un des rares leviers qui peut remettre la question à l'ordre du jour d'Évian.

Les communiqués Y7 ont un poids symbolique, pas juridique. Ils sont remis à Emmanuel Macron qui décide, ou non, de les intégrer aux conclusions du G7. Sur les éditions précédentes, le taux d'intégration tournait autour de 30 % des recommandations, selon les comptages des observateurs Future Leaders Network.

Ce que les délégations cherchent à pousser#

Quatre sujets qui reviennent dans les notes préparatoires consultables sur le site officiel : un calendrier G7 contraignant de phase-out du charbon, une fin des subventions fossiles "inefficaces" enfin chiffrée et datée (engagement pris à L'Aquila en 2009, jamais tenu), une contribution G7 à la mission de Belém vers 1,5 °C, et un alignement des contributions déterminées au niveau national (NDC) sur la trajectoire 1,5 °C. Le quatrième point est le plus politique : il met chaque chef d'État face au calendrier de soumission des NDC 3.0 que la plupart des pays G7 n'ont toujours pas déposées.

G7 Évian, 15-17 juin 2026 : le verrou français#

Le sommet des chefs d'État se tient à Évian-les-Bains, en Haute-Savoie, du 15 au 17 juin 2026. La France assure la présidence depuis le 1er janvier 2026 et a annoncé un thème central : "réduire les déséquilibres mondiaux". Le climat n'est pas isolé comme priorité distincte. Il s'inscrit dans un agenda plus large qui mêle développement, méthane, biodiversité, océans.

Le pari risqué de Paris#

La France joue gros sur le méthane fossile. C'est un dossier où l'Union européenne a déjà légiféré (règlement méthane 2024), où les États-Unis avaient signé la Global Methane Pledge avant leur retrait de Paris, et où l'industrie pétrolière commence à se positionner sur la détection et la réparation des fuites. Un engagement G7 sur des objectifs chiffrés de réduction méthane à 2030 serait une victoire diplomatique pour Macron, et un signal envoyé à la présidence Correa do Lago : la sortie des fossiles passe d'abord par la maîtrise des fuites.

Le pari risqué, c'est ce que la France ne met pas sur la table. Aucun engagement explicite à porter une feuille de route fossiles au G7. Aucun calendrier de phase-out du charbon ni du gaz. La France parle d'une "feuille de route nationale de sortie progressive" présentée à Santa Marta, mais elle évite soigneusement de la transformer en cadre G7 contraignant.

Le calendrier qui se télescope#

L'enchaînement Y7 (20 mai), Santa Marta (rapport publié mi-mai), SB64 Bonn (8-18 juin), G7 Évian (15-17 juin) crée une fenêtre de quatre semaines où tout converge. Si rien ne sort de Bonn, Évian aura les mains libres pour produire un communiqué neutre. Si Bonn produit un texte d'options, Macron sera sous pression pour porter une position G7 claire. Le timing favorise structurellement le statu quo : Bonn finit le 18, Évian commence le 15. Les ministres G7 partent à Évian avant la fin de Bonn.

NDC 3.0, le dossier oublié qui pèse sur tout#

Les contributions déterminées au niveau national de troisième génération (NDC 3.0) devaient être déposées en 2025, avec des cibles renforcées pour 2030 et de nouvelles cibles pour 2035. Au 1er mai 2026, environ un quart des Parties ont déposé. Les principaux retardataires : Union européenne (engagement politique pris, dépôt formel en attente), France (intégrée à la NDC européenne), Royaume-Uni (déposée, mais cible jugée insuffisante par Climate Action Tracker), États-Unis (sortis du processus), Chine (annonce attendue après le 14e Plan quinquennal).

L'Inde a fait passer en cabinet le 26 mars 2026 sa NDC 3.0 pour la période 2031-2035, ce qui est symboliquement fort mais ne change pas la trajectoire 2030 du pays. Le Brésil prépare sa NDC 3.0 en cohérence avec sa propre feuille de route nationale de transition, demandée par Lula en décembre 2025.

Pourquoi ça change tout pour la feuille de route fossiles#

Une feuille de route fossiles sans NDC 3.0 alignées, c'est une déclaration d'intention. Une feuille de route fossiles couplée à des NDC chiffrées par secteur (électricité, transport, chauffage, industrie), c'est un calendrier exécutable. La présidence australienne des négociations a fait savoir qu'elle voulait pousser un alignement explicite NDC/feuille de route à Antalya. C'est cohérent avec sa stratégie : convertir la pression diplomatique en obligations sectorielles vérifiables.

Le problème, c'est que le calendrier de dépôt NDC 3.0 est figé. Septembre 2025 était la date limite indicative pour permettre une intégration au bilan COP30. Elle a été manquée. Le secrétariat CCNUCC accepte les dépôts en flux continu, mais les pays qui déposeront leur NDC après Antalya ne seront pas comptés dans le rapport de synthèse de novembre 2026.

Ce qui me reste après six mois d'observation#

La feuille de route fossiles ne se jouera pas dans une salle de négociation. Elle se joue dans la capacité de la présidence brésilienne, puis australienne, à transformer une coalition de volontaires en force d'attraction sur les indécis. Santa Marta a montré que le format peut exister hors ONU. Le Y7 et le G7 peuvent ajouter un étage politique. Mais sans dépôt synchronisé des NDC 3.0 et sans engagement G7 chiffré sur le méthane et le charbon, le mandat Correa do Lago restera un mandat de présidence, pas un mandat de Parties.

Ce que je regarderai dans les semaines qui viennent : le texte du communiqué Y7 le 20 mai (intégration ou pas du phase-out fossile explicite), le rapport intermédiaire publié par la présidence brésilienne juste avant Bonn, le langage utilisé par les ministres G7 environnement dans leur déclaration finale d'Évian, et la liste des NDC 3.0 effectivement déposées au 30 juin. Quatre indicateurs, quatre dates, et un seul vrai test : est-ce qu'un seul de ces rendez-vous va produire un calendrier daté, chiffré, et signé par au moins les sept économies du G7 plus le Brésil ?

Je n'y crois pas trop. Le calendrier Bonn-Évian se télescope mécaniquement, le Y7 n'a pas de poids juridique, et la France a déjà retiré le mot "climat" du texte central de son G7 environnement. Reste l'effet d'entraînement Santa Marta, qui est réel mais limité aux États déjà convaincus. La probabilité qu'Antalya en novembre récolte une vraie feuille de route opposable se mesure à ce qui sortira de juin 2026. Pour l'instant, le verre est aux trois quarts vide.

Sources#

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