L'arrêté du 23 janvier 2026, publié au JO du 25 janvier 2026, a posé un repère réglementaire que les EPCI vont devoir intégrer rapidement. La trajectoire de réchauffement de référence pour l'adaptation au changement climatique, la TRACC, devient une donnée d'entrée pour les politiques publiques territoriales. Métropole : +2°C en 2030, +2,7°C en 2050, +4°C en 2100, par rapport à l'ère préindustrielle. Sur le papier, ce ne sont que trois chiffres. Sur le terrain des collectivités, ce sont des trajectoires d'adaptation qui doivent être recalibrées dans les Plans Climat Air Énergie Territoriaux (PCAET) à transmettre au préfet après le 1er juillet 2026.
Benchmark en main : les obligations PCAET concernent tous les EPCI à fiscalité propre regroupant plus de 20 000 habitants. Selon l'état des lieux 2025 publié par l'association Intercommunalités de France en février 2026, environ 750 EPCI sont concernés. Le taux d'approbation des PCAET sur ce périmètre tournait autour de 75 % à fin 2025, mais une bonne partie de ces plans s'appuyait sur des trajectoires climatiques antérieures qui ne tiennent pas le choc de la TRACC. Mon verdict : les PCAET qui passeront en revue après le 1er juillet 2026 vont tous devoir intégrer ces niveaux. Ceux qui ne l'auront pas fait risquent l'avis défavorable du préfet de région.
Ce que dit exactement l'arrêté#
L'arrêté du 23 janvier 2026 (référence DEVR2509721A au JORF) est court. Il s'inscrit dans le cadre des articles R229-1 et R229-3 du code de l'environnement. Il pose trois choses.
D'une part, il définit la TRACC pour la métropole : +2°C par rapport à 1850-1900 à l'horizon 2030, +2,7°C à l'horizon 2050, +4°C à l'horizon 2100. Ces niveaux servent désormais de référence pour les documents de planification.
D'autre part, il définit les TRACC pour l'outre-mer, avec des trajectoires moins élevées en valeur absolue (effet régulateur des océans) : 2,3°C en Guyane à 2050, 2°C à La Réunion et Mayotte, 1,9°C aux Antilles et Saint-Martin, 1,6°C en Polynésie française. Les autres territoires (Saint-Pierre-et-Miquelon, Mayotte, Wallis-et-Futuna) ont aussi leurs trajectoires propres.
Enfin, l'arrêté pose que Météo-France met gratuitement à disposition les projections territorialisées correspondantes via le portail national des impacts du changement climatique, accessible sur drias-climat.fr. C'est le service public qui devient la source officielle des données climatiques pour les politiques d'adaptation locales.
À noter que l'arrêté n'emporte pas de nouvelles obligations immédiates pour les collectivités. La ministère de la Transition écologique a été explicite : « pas de nouvelle obligation tant que les réglementations sectorielles ne sont pas mises à jour ». C'est ce que prépare le décret PCAET attendu au premier trimestre 2026 puis ajusté en cours d'année.
Le décret PCAET en préparation#
D'après les informations remontées de la DGEC (Direction générale de l'énergie et du climat) et confirmées par la Gazette des Communes en avril 2026, le décret de modification des PCAET intégrera la TRACC selon trois axes.
Axe 1 : Le diagnostic climatique devra s'appuyer sur les projections TRACC à 2030, 2050 et 2100. Plus question d'utiliser uniquement les scénarios IPCC RCP 4.5 ou les anciens scénarios SRES. La référence devient nationale et descend au niveau du territoire via drias-climat.fr.
Axe 2 : La stratégie territoriale d'adaptation devra démontrer sa cohérence avec la TRACC. En clair, si un EPCI sur la côte atlantique présente un plan d'adaptation qui ne tient compte que d'une élévation du niveau marin à 0,5 m d'ici 2100, alors que la TRACC implique des projections plus élevées, le plan ne tiendra pas. Le calibrage doit suivre.
Axe 3 : Le plan d'action 6 ans devra inclure des mesures concrètes d'adaptation calibrées sur la trajectoire. Plantation d'arbres en zone urbaine, désimperméabilisation, gestion des eaux pluviales, plans canicule, équipements rafraîchissants dans les bâtiments publics, soutien à l'agriculture adaptée. Le tout chiffré, daté, et suivi par des indicateurs.
Les dispositions s'appliquent aux PCAET transmis pour avis au préfet de région et au président du conseil régional après le 1er juillet 2026. Pour les PCAET déjà validés ou en cours d'examen avant cette date, le régime antérieur reste applicable. La rétroactivité a été écartée pour ne pas casser les plans en cours d'élaboration.
Combien d'EPCI concernés, et où ils en sont#
L'état des lieux PCAET publié par Intercommunalités de France en février 2026 donne les chiffres. Environ 750 EPCI à fiscalité propre dépassent les 20 000 habitants en France et sont donc obligés d'avoir un PCAET. Le taux d'approbation effective tournait autour de 75 % fin 2025, soit environ 560 EPCI avec un PCAET adopté. Les 25 % restants comprennent les plans en cours d'élaboration, les plans à actualiser après 6 ans, et un noyau résiduel d'EPCI en retard sur leur obligation.
Pour la révision liée à la TRACC, les chiffres se découpent en trois lots. D'abord, les EPCI dont le PCAET arrive à échéance en 2026-2027. Ils doivent réviser. C'est sur eux que la pression est immédiate. Selon les estimations DREAL, on parle d'environ 150 à 200 EPCI sur cette fenêtre. Ils devront intégrer la TRACC dans leur nouveau plan dès la rentrée 2026.
Ensuite, les EPCI dont le PCAET est récent (validé 2024-2025). Ils ne sont pas obligés de réviser immédiatement, mais le décret en préparation pourrait introduire une obligation d'amendement intermédiaire. Le scénario le plus probable : un mécanisme de revue incrémentale tous les trois ans, articulé sur la mise à jour TRACC.
Enfin, les EPCI sans PCAET adopté à ce jour. Environ 190 EPCI restent en défaut. Pour eux, le décret 2026 va imposer un calendrier de mise en conformité, probablement assorti de sanctions financières ou de retenues sur dotations de l'État. C'est la frange politiquement la plus délicate : ces EPCI sont souvent des intercommunalités rurales avec peu d'ingénierie technique et des budgets limités.
Les Régions en parallèle#
Les Régions ont leur propre dispositif via le SRADDET (Schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires), désormais intégré au volet climat-air-énergie. La TRACC s'applique aussi à ces documents, et les Régions devront recalibrer leurs trajectoires sur la nouvelle référence.
L'articulation entre PCAET et SRADDET est claire : le PCAET doit être compatible avec les orientations du SRADDET. Si le SRADDET d'une Région intègre une TRACC à +2,7°C en 2050, alors les EPCI de cette Région doivent s'aligner. Une discordance entre les deux niveaux fait planer la suspicion d'incompatibilité, ce qui peut bloquer l'approbation du PCAET au moment de l'avis préfectoral.
Pour suivre, voir notre dossier sur la TRACC trajectoire climatique France 2030-2050-2100 et notre analyse du PNACC 3 Plan national d'adaptation au changement climatique France 2026. Les deux dispositifs forment un cadre intégré : la TRACC fournit les chiffres, le PNACC 3 fournit les orientations stratégiques, et les PCAET déclinent au niveau local.
Le piège du sous-calibrage#
Sur ce sujet, je vois trois pièges récurrents dans les PCAET que les EPCI préparent.
Piège 1 : sous-évaluer la magnitude des changements. Beaucoup de PCAET de la première vague 2020-2023 s'appuyaient sur une trajectoire à 1,5°C à 2050. La TRACC pose désormais 2,7°C. L'écart change tout : ce n'est pas le même nombre de jours de canicule, ce n'est pas la même pression hydrique sur l'agriculture, ce n'est pas la même intensité de pluies extrêmes. Un plan calibré sur 1,5°C ne tient pas la confrontation avec un réel à 2,7°C.
Piège 2 : oublier l'adaptation aux extrêmes. La TRACC parle de niveau moyen de réchauffement. Mais ce qui touche les territoires, ce sont les évènements extrêmes (canicules, inondations, sécheresses prolongées) dont la fréquence augmente plus vite que la moyenne. Un PCAET qui se contente de poser la moyenne sans préparer la résilience aux extrêmes passe à côté du sujet. Voir notre analyse sur les canicules France et l'adaptation des villes.
Piège 3 : la cohérence financière. Un plan d'action 6 ans bien calibré sur la TRACC coûte plus cher qu'un plan calibré sur les anciens scénarios. Désimperméabilisation, plantation, refonte des réseaux d'eaux pluviales, équipements rafraîchissants : les enveloppes budgétaires doivent suivre. Beaucoup d'EPCI affichent des plans d'adaptation sans avoir mobilisé les budgets correspondants. Le décret 2026 pourrait imposer un volet financier obligatoire.
Pour qui c'est utile#
Élus locaux et DGS d'EPCI. Vous êtes en première ligne. Anticipez le décret en cours, faites tourner les projections sur drias-climat.fr, recalibrez votre stratégie d'adaptation. La fenêtre 2026-2027 est étroite ; mieux vaut être prêt qu'être en réaction.
Bureaux d'études et chargés de mission PCAET. La grille de méthode change. Mettez à jour vos modèles, intégrez la TRACC dans vos diagnostics, redéfinissez vos indicateurs. Les missions de révision PCAET vont représenter un marché significatif sur 2026-2028.
Industriels et acteurs économiques. Vos territoires implantation vont voir leurs PCAET évoluer. Les futurs plans d'action locaux peuvent imposer des évolutions sur les bâtiments, les rejets, la gestion de l'eau. Anticiper le calendrier de votre EPCI est plus efficace que subir les arbitrages a posteriori.
Citoyens et associations locales. Le PCAET est soumis à consultation publique. C'est le bon moment de participer pour pousser pour des mesures ambitieuses ou réalistes selon votre lecture. La consultation est une fenêtre rare où les habitants pèsent vraiment sur les décisions territoriales.
Le rapport coût-conformité#
Les EPCI qui vont devoir réviser doivent prévoir un budget de mise à jour. Pour un EPCI de 30 000 à 50 000 habitants, le coût d'élaboration d'un nouveau PCAET tourne entre 80 000 et 150 000 euros tout compris (diagnostic, concertation, rédaction, validation). Pour un EPCI plus important (100 000 à 200 000 habitants), on monte vers 250 000 euros. À titre indicatif, ces budgets sont éligibles au financement ADEME via les contrats de relance et de transition écologique, dans certaines conditions.
Côté coût d'application des mesures, c'est l'inconnue qui pèse. Un plan d'adaptation calibré sur la TRACC peut représenter plusieurs dizaines de millions d'euros d'investissements sur 10-15 ans pour un EPCI moyen, entre désimperméabilisation, plantation, équipements et résilience des infrastructures. Le financement vient en partie de l'EPCI, en partie des Régions, en partie de l'État via les fonds verts. Le ratio variable selon les territoires.
Mon verdict pour les six prochains mois#
Trois choses à faire avant la fin de l'année 2026 pour les EPCI concernés.
D'abord, faire l'audit de cohérence. Votre PCAET actuel s'appuie-t-il sur la TRACC ? Si non, identifiez les écarts et préparez la révision. La feuille de route doit être posée avant l'automne.
Ensuite, mobiliser le budget. Inscrivez la révision PCAET dans le budget primitif 2027. Si vous découvrez en septembre que vous devez réviser sans avoir budgété, la temporalité va devenir critique.
Enfin, articuler avec le SRADDET. Vérifiez que votre Région a aussi mis à jour son SRADDET sur la TRACC. Si oui, alignez-vous. Si non, anticipez l'écart en gardant la TRACC comme référence supérieure.
Pour qui veut suivre l'actualité du cadre national d'adaptation, voir notre article sur l'UE et l'alerte à 3°C de réchauffement pour l'adaptation 2026. Le cadre français s'inscrit dans une dynamique européenne plus large où chaque État membre est en train de poser sa propre trajectoire de référence.
Le verdict est simple : la TRACC change la donne. Les EPCI qui prennent l'avance vont produire des plans plus crédibles, des budgets mieux calibrés, et des arbitrages politiquement plus solides. Ceux qui traînent vont devoir tout reprendre dans deux ans. À ce stade, l'arbitrage budgétaire est le sujet le plus délicat.
Sources#
- Arrêté du 23 janvier 2026 fixant la TRACC - Légifrance
- Réchauffement climatique : le gouvernement fixe la trajectoire de référence - Banque des Territoires
- PCAET : état des lieux 2025, 10 ans de planification - Intercommunalités de France février 2026
- Intégrer progressivement la TRACC - Mesure 23 Ministère écologie
- PCAET et EPCI 20 000 habitants - La Gazette des Communes
- Le PCAET - Cerema Outils de l'aménagement
- drias-climat.fr - Portail des projections climatiques Météo-France





