2,16 watts par mètre carré pour le CO2. 0,01 watt par mètre carré pour le Soleil. Les deux chiffres sortent du même rapport, du même chapitre, calculés avec la même méthode. Et pourtant cet alignement ne circule presque jamais tel quel : d'un côté des pages qui balaient l'hypothèse solaire en un paragraphe sans jamais montrer l'écart chiffré, de l'autre des articles de recherche illisibles pour qui n'est pas climatologue. Entre les deux, un vrai fait mal expliqué entretient la confusion : l'irradiance solaire varie bel et bien sur onze ans. Le problème, c'est qu'elle varie sur une grandeur, et que l'argument solaire en confond deux. Un peu comme une fiche produit recyclée d'une génération à l'autre sans qu'on ait changé les specs en dessous.
Non. Le GIEC (AR6, 2021) chiffre le forçage du CO2 à 2,16 [1,90 à 2,41] W/m² depuis 1750, contre +0,01 [-0,06 à +0,08] W/m² pour le Soleil, indiscernable de zéro. L'irradiance solaire varie d'environ 1 W/m² par cycle de onze ans, mais ce n'est pas un forçage : il faut la diviser par quatre et corriger l'albédo pour les comparer.
Le tableau que le débat oppose rarement sur la même échelle#
C'est le tableau central de l'Annexe III du rapport AR6 du GIEC (Table AIII.3), et il aligne tous les forçages radiatifs, du CO2 au volcanisme, année par année depuis 1750. Voici les deux lignes qui tranchent le débat, plus une troisième pour situer l'ordre de grandeur du forçage anthropique total.
| Forçage radiatif effectif | Période de comparaison | Valeur centrale | Intervalle probable |
|---|---|---|---|
| CO2 seul | 2019 vs 1750 | 2,16 W/m² | 1,90 à 2,41 W/m² |
| Soleil (moyenne du cycle 24, 2009-2019) | vs période préindustrielle | +0,01 W/m² | -0,06 à +0,08 W/m² |
| Ensemble des forçages anthropiques | 2019 vs 1750 | 2,72 W/m² | 1,96 à 3,48 W/m² |
Le CO2 domine le bilan radiatif par un facteur d'environ 200 par rapport au Soleil (2,16 divisé par 0,01). Ce ratio frappe, mais il faut le lire avec la prudence qu'impose son propre dénominateur : quand une valeur centrale de 0,01 W/m² porte un intervalle qui va de -0,06 à +0,08, elle n'est pas mesurée comme franchement positive ou négative, elle est indiscernable de zéro. Diviser par un chiffre qui frôle zéro donne un ratio spectaculaire sur le papier, mais indicatif plutôt qu'une mesure de précision.
Une nuance mérite d'être posée avant d'aller plus loin : la même Annexe III donne aussi une valeur ponctuelle pour la seule année 2019, proche d'un minimum solaire, à -0,02 W/m². Ce n'est pas une contradiction avec le +0,01 W/m² de la moyenne du cycle 24, ce sont deux façons de découper la même série, l'une lissée sur un cycle complet, l'autre figée sur un an. Le GIEC explique cette méthodologie dans son propre texte, et c'est justement le genre de détail qu'un résumé d'une phrase efface.
Pourquoi confond-on l'irradiance solaire et le forçage radiatif ?#
C'est là que se loge l'essentiel de l'erreur. Sur les trois derniers cycles solaires de onze ans, l'irradiance solaire totale (TSI) mesurée au sommet de l'atmosphère varie d'environ 1 W/m² entre un maximum et un minimum, selon le chapitre 7 de l'AR6. Ce chiffre circule beaucoup, et il est exact. Le souci, c'est qu'il n'est pas exprimé dans la même unité physique que le forçage radiatif du CO2 : c'est une irradiance brute au sommet de l'atmosphère, pas un forçage climatique.
Le GIEC donne la formule de conversion noir sur blanc : le forçage radiatif effectif dû à la variabilité solaire s'obtient par ERF = 0,72 x ΔTSI x (1 - albédo) / 4, avec un albédo planétaire de 0,29. La division par 4 vient de la géométrie : la Terre est une sphère qui reçoit la lumière solaire sur un disque, mais restitue l'énergie sur toute sa surface. La correction d'albédo retire la part réfléchie sans jamais atteindre le sol.
En appliquant ce calcul à l'amplitude d'un cycle solaire complet, environ 1 W/m² d'irradiance, on obtient un ordre de grandeur d'environ 0,13 W/m² de forçage effectif. Ce nombre ne figure dans aucun tableau du GIEC : c'est le résultat d'appliquer sa propre formule à sa propre donnée d'amplitude, un calcul de vérification, pas une valeur publiée telle quelle. Il donne malgré tout une intuition utile : même l'amplitude complète d'un cycle solaire, prise dans le sens le plus favorable à l'hypothèse solaire, reste un ordre de grandeur en dessous du forçage du CO2 sur la même période. Les modèles climatiques intègrent ce forçage solaire au même titre que les autres, il n'est simplement pas le moteur de la tendance de fond.
Des satellites suivent en continu l'irradiance solaire totale depuis 1978, selon la NASA. Ce n'est pas un capteur unique qui tourne depuis cinquante ans : c'est une chaîne d'instruments qui se relaient, chacun calibré pour prolonger le précédent sans casser la continuité de la série. Sur un banc de test hardware, la première question devant une valeur est toujours la même : sort-elle d'un capteur calibré ou d'une extrapolation logicielle maquillée en mesure ? Elle se pose exactement pareil pour une série climatique longue.
Le maillon le plus récent est TSIS-1 (Total and Spectral Solar Irradiance Sensor), lancé le 15 décembre 2017 par un Falcon 9, à destination de la Station spatiale internationale. Sa mission officielle, selon la NASA, est de prolonger un record de TSI vieux de 38 ans. Ses instruments sont conçus sur le même principe que ceux du satellite SORCE (Solar Radiation and Climate Experiment), lancé en 2003 : même famille de capteurs, même logique de mesure, pour que la série reste comparable d'un satellite à l'autre. Selon la NOAA NCEI, la chaîne complète qui compose le record officiel de TSI s'appuie successivement sur l'instrument TIM de SORCE, l'expérience de transfert de calibration TCTE, puis TSIS-1, avec le démonstrateur CTIM en bout de chaîne. C'est le même souci de continuité que j'avais déjà détaillé côté capteurs de CO2 sur les stations de référence : un instrument qui tombe en panne sans relais calibré, et c'est toute la série qui perd sa valeur scientifique.
Où en est le cycle solaire 25 aujourd'hui ?#
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Sur un sujet proche, découvrez notre article : Volcans vs CO2 humain : qui réchauffe le climat ?.
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Le cycle solaire 25 a atteint son maximum en octobre 2024, avec un nombre de taches solaires lissé de 161, selon l'observatoire royal de Belgique (SIDC/WDC-SILSO). La NASA et la NOAA ont conjointement annoncé ce maximum solaire le 16 octobre 2024. Depuis, la tendance s'est inversée : les données officielles de la NOAA SWPC donnent un nombre de taches solaires observé de 76,0 (indice SILSO) à 81,32 (indice SWPC) en août 2026, en net repli depuis le pic d'il y a deux ans. Le Met Office britannique confirmait déjà cette phase descendante dans un billet publié fin janvier 2026.
Un cycle solaire qui redescend n'a jamais suffi à faire redescendre la température mondiale. Selon la NOAA (Climate.gov), l'activité solaire a décliné depuis le milieu du XXe siècle pendant que la température mondiale augmentait rapidement, une divergence que six chaînes de mesure indépendantes enregistrent chacune de leur côté, avec des méthodes différentes qui convergent sur le même constat. Avant l'AR6, le GIEC calculait d'ailleurs ce forçage solaire autrement : l'édition précédente (AR5, 2013) le situait à 0,05 [0,00 à 0,10] W/m², sur des minima solaires plutôt que sur des cycles complets. La révision n'a pas juste changé un chiffre, elle a changé la méthode de calcul elle-même, ce qui en dit long sur le soin apporté à cette variable, justement parce qu'elle revient sans cesse dans le débat public.
Le Soleil n'est d'ailleurs pas le seul forçage naturel qu'on agite régulièrement contre le CO2. Les cycles de Milankovitch, qui jouent sur des dizaines de milliers d'années via la géométrie orbitale de la Terre, opèrent sur une échelle de temps totalement différente de celle d'un cycle solaire de onze ans : les deux mécanismes existent, mais aucun des deux ne colle au calendrier du réchauffement observé depuis un siècle.
Faut-il présenter ce ratio d'environ 200 comme un argument massue ou comme un raccourci qui frôle la fausse précision ? Je penche pour la seconde lecture, un chiffre qui divise par un dénominateur presque nul reste fragile même quand la conclusion qu'il illustre est solide, mais je comprends pourquoi il circule autant : il tient en une phrase et il est juste sur le fond.
Foire aux questions#
Le forçage solaire est-il nul depuis 1750 ?#
Non, il n'est ni franchement nul ni franchement négatif : la moyenne du cycle solaire 24 (2009-2019) donne +0,01 W/m², avec un intervalle probable de -0,06 à +0,08 W/m², selon le GIEC (AR6). Cet intervalle traverse zéro, ce qui rend le forçage solaire statistiquement indiscernable de zéro plutôt que mesurable comme positif ou négatif.
Quelle est la différence entre irradiance solaire et forçage radiatif ?#
L'irradiance solaire totale (TSI) est l'énergie brute reçue au sommet de l'atmosphère, elle varie d'environ 1 W/m² sur un cycle de onze ans. Le forçage radiatif effectif est cette même variation convertie en déséquilibre énergétique réel pour le climat, via la formule du GIEC (division par 4, correction de l'albédo). Les deux grandeurs ne se substituent jamais l'une à l'autre.
Comment mesure-t-on l'irradiance solaire depuis l'espace ?#
Une chaîne de satellites se relaie depuis 1978, avec un record continu maintenu par des instruments calibrés les uns par rapport aux autres. Le maillon actuel est TSIS-1, lancé le 15 décembre 2017, conçu sur le même principe que SORCE (2003) qui l'a précédé, avec TCTE et CTIM dans la même chaîne officielle documentée par la NOAA NCEI.
Le cycle solaire 25 est-il terminé ?#
Non, mais il est entré en phase descendante. Son maximum a été atteint en octobre 2024 (nombre de taches solaires lissé de 161), et les relevés d'août 2026 de la NOAA SWPC montrent un indice retombé autour de 76 à 81, confirmant la tendance à la baisse déjà signalée par le Met Office britannique début 2026.
Le Soleil peut-il expliquer le réchauffement observé depuis un siècle ?#
Les données ne vont pas dans ce sens : l'activité solaire décline depuis le milieu du XXe siècle pendant que la température mondiale augmente rapidement, selon la NOAA. Un forçage qui baisse ne peut pas porter une hausse de température qui, elle, s'accélère sur la même période.
Sources#
- GIEC, AR6 WG1, Chapitre 7, consulté le 3 septembre 2026
- GIEC, AR6 WG1, Annexe III (Table AIII.3, forçages radiatifs), consulté le 3 septembre 2026
- NASA Science, page de mission TSIS-1, consulté le 3 septembre 2026
- NASA Earth Science, missions d'observation de l'irradiance solaire, consulté le 3 septembre 2026
- NOAA NCEI, Total Solar Irradiance Climate Data Record, consulté le 3 septembre 2026
- NOAA Climate.gov, Climate Change: Incoming Sunlight, consulté le 3 septembre 2026
- SIDC/WDC-SILSO, Solar Cycle 25 reached its maximum in October 2024, consulté le 3 septembre 2026
- NOAA SWPC, Joint Solar Maximum Announcement from NASA and NOAA, consulté le 3 septembre 2026
- NOAA SWPC, données du cycle solaire (observed-solar-cycle-indices), consulté le 3 septembre 2026
- UK Met Office, Declining phase for the Sun's activity, but what's next ?, consulté le 3 septembre 2026






Comment mesure-t-on l'irradiance solaire ? Les capteurs derrière le chiffre#