Aller au contenu
CITEPA Secten 2026 : ce que les baromètres disent déjà

CITEPA Secten 2026 : ce que les baromètres disent déjà

Par Thomas R.

10 min de lecture
Lien copié dans le presse-papiers
Thomas R.

364 Mt CO2e estimées pour 2025. Cible SNBC3 à 279 Mt pour 2030. L'écart se chiffre à 85 millions de tonnes, et il reste cinq ans pour le combler. Le rapport Secten édition 2026 du CITEPA n'est pas encore publié, mais les baromètres mensuels donnent déjà la trajectoire 2025 complète. Specs annoncées : -1,5 % sur l'année. Specs requises pour tenir la SNBC3 : -4,6 % par an. Sur le papier, on baisse. En pratique, on baisse trois fois trop lentement.

L'édition 2025 du Secten a été publiée le 16 juin 2025. L'édition 2026, attendue mi-juin 2026, fixera l'inventaire définitif 2024 et une pré-estimation 2025. Pour anticiper ce que la note va dire, le matériel d'observation est déjà sur la table : baromètre trimestriel T4 2025 publié le 8 avril 2026, baromètre prévisionnel décembre 2025 publié le 13 janvier 2026, communiqué officiel du ministère sur les chiffres 9 mois 2025. Benchmark en main.

Inventaire 2024 : ce que le Secten 2025 a déjà acté#

Le total France hors UTCATF s'établit à 369,2 Mt CO2e en 2024, contre 376 Mt en 2023. La baisse vaut -1,8 % sur un an. Cumulée sur trente-quatre ans, la France a réduit ses émissions de 32 % par rapport à 1990 (référence ~539 Mt CO2e). Le chiffre est mesurable, documenté, gravé dans l'inventaire CITEPA. À 5,4 tonnes par habitant pour les émissions territoriales, la France figure dans la moyenne basse européenne sur ce périmètre, sans surprise pour qui suit la métrique depuis cinq ans.

L'empreinte carbone, elle, raconte une autre histoire : 563 Mt CO2e en 2024 selon le SDES, en baisse de 3,4 % sur un an mais seulement de 20 % depuis 1990. La différence vient des importations. Quand on consomme du fer, du ciment ou des produits manufacturés fabriqués ailleurs, le CO2e voyage avec la marchandise. La métrique territoriale flatte les pays qui désindustrialisent. C'est un biais connu, pas un scoop. Mon avis : c'est l'empreinte carbone qui compte si on parle d'efficacité climatique réelle. Le reste, c'est de la comptabilité.

La photo sectorielle 2024 (Secten 2025)#

Tableau comparatif, secteur par secteur, sur l'inventaire 2024 publié en juin 2025.

SecteurÉmissions 2024Variation vs 2023Part du total
Transport (route)117,0 Mt CO2e-1,2 %33,8 %
Transport (total route + aviation + maritime)124,9 Mt CO2enc34 %
Agriculture~79 Mt CO2e-0,5 %21 %
Industrie manufacturière~75 Mt CO2e-1,4 %16,9 %
Bâtiment57,1 Mt CO2e-0,7 %15 %
Industrie de l'énergie~42 Mt CO2e-10,2 %11 %
France totale (hors UTCATF)369,2 Mt CO2e-1,8 %100 %

Le verdict secteur par secteur tient en quelques lignes. L'industrie de l'énergie chute de 10,2 %, portée par la baisse des centrales fossiles résiduelles et un mix électrique qui se décarbone par défaut quand le nucléaire fonctionne. Pour comprendre ce point, j'ai relu le bilan RTE 2024 : c'est mécanique, pas politique. Le transport, le bâtiment et l'agriculture, eux, restent quasi à plat. Sur ces trois piliers qui pèsent 70 % du total, on baisse de moins de 1 % par an. Aucun benchmark sectoriel ne tient ses promesses face à l'objectif 2030.

Le puits forestier UTCATF a perdu son rôle d'amortisseur. -37 Mt CO2e en 2024, contre un pic à -56 Mt en 2004. La forêt française stocke deux fois moins de carbone qu'il y a vingt ans, à cause des sécheresses, des incendies et des scolytes. Nous avons documenté ce décrochage dans notre analyse Forêts françaises : le puits carbone divisé par deux, qui détaille les chiffres IGN. Conséquence directe : la SNBC3 doit demander plus aux autres secteurs pour compenser, ce qui rend l'arithmétique 2050 encore plus tendue.

Trajectoire 2025 : ce que le baromètre dit avant le Secten#

Le CITEPA a publié son baromètre prévisionnel en janvier 2026, avec une estimation 2025 à 363,4 Mt CO2e (-1,6 %). Trois mois plus tard, le baromètre mensuel T4 2025 a affiné le chiffre : 364 Mt CO2e (-1,5 %). L'écart est marginal, la tendance est confirmée. Sur le papier, c'est correct. En pratique, c'est très en dessous de ce que la trajectoire SNBC3 exige.

Le détail trimestriel mérite un coup d'œil. Au T1 2025, les émissions ont remonté de 0,9 % par rapport au T1 2024. Au T2 2025, elles ont rechuté de 2,5 %. Au T3 2025, accélération de la baisse à -3,7 %. Le -0,6 % du premier semestre 2025 résume la première moitié d'année molle ; les deux derniers trimestres ont sauvé le bilan annuel. Détail à corriger pour les commentateurs pressés : le -1,3 % qui circule dans les notes désigne le secteur transport au S1 2025, pas le total national. Le transport routier baisse plus vite que la moyenne grâce à l'électrification des flottes légères, sans renverser la dépendance globale aux carburants fossiles.

Sur neuf mois cumulés, 2025 affiche 270 Mt CO2e, soit -1,7 % par rapport à la même fenêtre 2024. Pour qui veut une projection annuelle, le ministère retient désormais 364 Mt comme estimation officielle. La cible provisoire SNBC3 pour 2025 était de 366 Mt. Tenue à 2 Mt près. Sauf que cette cible 2025 est, par construction, la plus facile de la décennie. Les marches suivantes ne pardonneront pas.

Le rapport qualité-prix de la décarbonation française#

Test en conditions réelles : à quel rythme la France doit-elle baisser entre 2025 et 2030 pour tenir la SNBC3 ?

IndicateurValeur cibleRythme nécessaireRythme actuel
Total France 2030279 Mt CO2e-4,6 %/an-1,5 %/an
Transport 203092 Mt CO2e-5,2 %/an-1,2 %/an
Bâtiment 203037 Mt CO2e-8,6 %/an-0,7 %/an
Industrie 203045 Mt CO2eenviron -11 %/an-1,4 %/an
Agriculture 203067 Mt CO2e-3 %/an-0,5 %/an

Mon verdict : sur les cinq secteurs, aucun n'est dans la zone de tolérance. Le bâtiment et l'industrie sont les plus en retard, avec un écart respectif d'un facteur 12 et environ 8. Le bâtiment doit passer de 57 à 37 Mt CO2e en cinq ans, ce qui implique de rénover environ 370 000 logements par an. Le rythme actuel oscille autour de 70 000. Un facteur 5 à combler en quatre ans, sur une filière qui souffre déjà d'une pénurie d'artisans qualifiés. À ce niveau-là, ce n'est plus un benchmark ambitieux, c'est un test de rupture industrielle.

Le transport, lui, doit perdre 26 % en cinq ans (de 117 à 92 Mt CO2e). L'électrification est la voie principale, mais elle ne portera ses fruits sur le bilan annuel que si le parc se renouvelle vite. Sur le papier, les ventes de véhicules électriques progressent. En pratique, le parc moyen reste à 12 ans d'âge. La décarbonation du transport est un sujet d'inertie, pas de volonté. Pour aller plus loin, voir notre analyse Aviation 2026 : empreinte carbone des jets privés et illusion SAF, qui détaille la part du transport aérien.

L'industrie manufacturière doit baisser de 75 à 45 Mt CO2e, soit -40 % en cinq ans. Sur le papier, les solutions existent : hydrogène décarboné, électrification des fours, capture-stockage. En pratique, les investissements sont lourds, les délais de retour sur capital long, et les industriels attendent un cadre réglementaire stable que la SNBC3 n'a pas encore figé. Le Haut Conseil pour le Climat a publié un avis le 12 mars 2026 sur la crédibilité de mise en œuvre, et son rapport annuel 2026 viendra ajouter sa propre note, attendue été 2026.

Ce que le Secten 2026 va probablement confirmer#

Mi-juin 2026, le CITEPA publiera son inventaire définitif 2024 (méthodologie affinée) et une pré-estimation 2025. Sur la base des écarts historiques entre baromètre et inventaire final, on peut anticiper plusieurs choses sans se tromper de beaucoup. Premier point : le total 2024 ne bougera pas au-delà de 1 à 2 Mt CO2e par rapport au 369,2 actuel. Ensuite, l'estimation 2025 se rapprochera de 364 Mt, à plus ou moins 3 Mt près. Et le sectoriel ne va pas inverser sa logique. Le transport, le bâtiment et l'agriculture continueront de représenter environ 70 % du total, et l'industrie de l'énergie continuera de porter à elle seule la quasi-totalité de la baisse annuelle absolue.

Le baromètre prévisionnel CITEPA, lancé en juillet 2025 comme nouveau produit, n'avait jamais existé avant. C'est un outil utile pour qui suit la trajectoire en temps réel. Sa fiabilité dépend de la qualité des proxys d'activité (consommations électriques, livraisons de carburant, production industrielle). Sur 2025, le baromètre prévisionnel a estimé -1,6 % en janvier, puis -1,5 % confirmé en avril. Marge d'erreur de 0,1 point sur trois mois : honnête, sans plus. Pour comparaison, notre analyse du Haut Conseil pour le Climat sur la SNBC3 revient en détail sur la crédibilité institutionnelle de la trajectoire 2030.

Pour qui ces chiffres comptent vraiment#

Plusieurs profils ont besoin de regarder le Secten 2026 sans filtre.

Le décideur public, parce que l'écart entre rythme requis (-4,6 %/an) et rythme observé (-1,5 %/an) chiffre la dette de politique climatique à environ 25 Mt CO2e de coupes manquantes par an. Cette dette se règle politiquement, fiscalement, ou pas. Le HCC, dans son avis de mars 2026, parle de "credibility concerns". Diplomatique, mais lisible.

L'industriel, parce que les cibles sectorielles SNBC3 vont se traduire en quotas ETS plus stricts, en taxe carbone interne, en obligations CSRD plus serrées. Anticiper le coût du CO2e à 100 euros la tonne en 2030 n'est plus une hypothèse spéculative, c'est un scénario médian.

Le citoyen qui veut juger objectivement, parce que les chiffres existent, sont publics, et permettent de différencier le discours politique du résultat mesuré. La métrique CITEPA est l'un des rares thermostats fiables du pays sur ce sujet. À ce stade, je vois mal comment tenir 2030 avec ce rythme, et je préfère le dire que jouer la lecture optimiste.

Mon verdict final : le Secten 2026 va acter une baisse réelle, insuffisante, et concentrée sur l'industrie de l'énergie. Le rapport qualité-prix de l'effort français est correct dans l'absolu (-32 % depuis 1990), médiocre face à la cible 2030. Ce n'est pas un constat partisan, c'est ce que disent les chiffres.

Sources#

Lien copié dans le presse-papiers

À lire aussi