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Cryptomonnaies et climat : Ethereum a changé, pas Bitcoin

Cryptomonnaies et climat : Ethereum a changé, pas Bitcoin

Par Julien P.

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Julien P.

Un chiffre unique de « l'empreinte carbone des cryptomonnaies » n'a plus de sens depuis 2022. D'un côté, un réseau qui a changé de mécanisme de validation et divisé sa consommation par un facteur écrasant en une seule nuit. De l'autre, un réseau qui n'a rien changé et dont la consommation reste débattue entre deux méthodes de calcul qui ne s'accordent pas. Traiter Bitcoin et Ethereum comme un seul bloc, c'est déjà perdre la moitié de l'histoire.

Réponse directe : le 15 septembre 2022, la transition d'Ethereum vers la preuve d'enjeu (Proof of Stake) a fait chuter sa consommation électrique annuelle d'environ 23 millions de MWh à environ 2 600 MWh, selon le Crypto Carbon Ratings Institute (CCRI). Bitcoin, resté en preuve de travail, affiche une consommation estimée entre 138,2 TWh/an (Cambridge, au 29 juillet 2026) et 204,44 TWh/an (Digiconomist, relevé du 28 septembre 2026) selon la méthode retenue, pour un mix électrique minier composé à 52,4 % d'énergies dites durables en avril 2025.

Qu'est-ce qui a vraiment changé avec le Merge d'Ethereum ?#

Le 15 septembre 2022, le réseau Ethereum a basculé de la preuve de travail (Proof of Work, le même mécanisme que Bitcoin, fondé sur la puissance de calcul de mineurs en compétition) vers la preuve d'enjeu (Proof of Stake, où des validateurs immobilisent des ETH plutôt que de faire tourner du matériel de minage). Ethereum lui-même revendique une réduction de sa consommation électrique annualisée de près de 99,95 % à la suite de cet événement.

Le rapport du CCRI, commandé par ConsenSys et publié le jour même du Merge, chiffre l'écart en valeurs absolues plutôt qu'en pourcentage arrondi :

IndicateurAvant le MergeAprès le Merge
Consommation électrique annuelleenviron 23 millions de MWhenviron 2 600 MWh
Émissions de CO2 annuellesplus de 11 millions de tonnesmoins de 870 tonnes

La réduction atteint plus de 99,988 % pour l'électricité et 99,992 % pour le CO2, d'après ce même rapport. La page officielle « Energy Consumption » d'ethereum.org, mise à jour le 28 juillet 2026, situe la consommation actuelle du réseau à 0,0026 TWh par an, soit environ 2 601 MWh, une estimation qui s'appuie sur des données de juillet 2023.

Mis côte à côte, les deux chiffres du CCRI ont de quoi faire douter de sa propre calculette : 23 millions de MWh contre 2 600, c'est une division par près de 9 000, obtenue par un changement de logiciel et non par un parc de machines plus sobre.

Pourquoi Bitcoin reste hors de ce calcul#

Bitcoin continue de fonctionner en preuve de travail : sa sécurité repose sur des machines de minage qui consomment de l'électricité en continu pour valider les blocs, contrairement au mécanisme désormais utilisé par Ethereum. C'est cette architecture qui rend Bitcoin incomparable à Ethereum sur le plan énergétique depuis 2022, alors que les deux réseaux partageaient le même principe jusque-là.

Sur le réseau Ethereum, la sécurité passe désormais par l'immobilisation d'ETH plutôt que par la puissance de calcul : environ 39,7 millions d'ETH étaient stakés, avec plus de 1,24 million de validateurs actifs, au 15 juin 2026, selon les données de l'explorateur beaconcha.in relayées par Bitcoin.com News.

Combien consomme Bitcoin aujourd'hui ? Deux indices, deux réponses#

Aucun chiffre unique de consommation électrique du réseau Bitcoin ne fait consensus, et présenter l'un des deux comme LA valeur reviendrait à cacher la moitié de l'information.

IndiceConsommation électrique estiméeDate du relevé
Cambridge Bitcoin Electricity Consumption Index (CBECI)138,2 TWh/an (estimation centrale ; fourchette théorique 74-242 TWh/an)29 juillet 2026
Digiconomist, Bitcoin Energy Consumption Index204,44 TWh/an (soit 114,03 Mt de CO2/an)relevé du 28 septembre 2026

L'écart entre les deux dépasse 45 %, et il tient à la méthode : les deux index ne modélisent pas le parc de machines de la même façon, ce qui explique pourquoi le résultat de l'un ne recoupe pas mécaniquement celui de l'autre. Cambridge part du taux de hachage observé et d'un parc probable de machines ; Digiconomist part de l'économie du minage, en supposant que les mineurs consacrent une part à peu près fixe de leurs revenus à l'électricité. C'est la synthèse publiée par SolCard, qui date aussi du 29 juillet 2026 le relevé Cambridge.

D'où vient l'électricité qui alimente le minage ?#

C'est le point sur lequel la comparaison la plus grossière circule le plus. Le Cambridge Digital Mining Industry Report, publié le 28 avril 2025 par la Cambridge Judge Business School, détaille le mix déclaré par les mineurs interrogés :

Source d'énergiePart du mix minier, avril 2025
Nucléaire9,8 %
Renouvelables (hydroélectrique, éolien, solaire)42,6 %
Total énergies dites « durables »52,4 %
Gaz naturel38,2 %
Charbon8,9 %

Cette part « durable » de 52,4 % a progressé depuis l'estimation 2022 du même institut, qui la situait à 37,6 %. Le mot « durable » mérite d'être lu au sens de l'étude : il additionne le nucléaire et les renouvelables, deux filières aux profils très différents, sous une même étiquette.

Le chiffre de « 59,5 % de renouvelables » qui circule est-il fiable ?#

Il est daté, et il ne vient pas du même type de source. Ce pourcentage remonte au Bitcoin Mining Council, une association de mineurs, qui annonçait en juillet 2022 un mix « durable » de 59,5 % pour le deuxième trimestre 2022, sans définir précisément les filières comptées. Le chiffre de Cambridge, 52,4 % en avril 2025, sort d'une étude universitaire et détaille sa composition. Repris aujourd'hui sans date ni auteur, le 59,5 % fait passer une déclaration de la profession vieille de quatre ans pour une mesure récente.

Présenter la transition d'Ethereum comme la preuve que « les cryptomonnaies deviennent vertes » ou comme un cas isolé dans une industrie qui, prise dans son ensemble, n'a pas bougé : je penche pour la seconde lecture, Bitcoin représentant l'écrasante majorité de la capitalisation du secteur, mais l'argument inverse, celui d'une dynamique qui finira par s'étendre, ne s'écarte pas si facilement pour autant.

Deux trajectoires, deux échelles de temps#

Un réseau qui a changé de mécanisme en une nuit et un réseau qui mine depuis plus de quinze ans avec le même principe : ce ne sont pas deux variantes d'un même problème, ce sont deux histoires distinctes qui se sont simplement retrouvées sous la même étiquette médiatique de « cryptomonnaies ». La comparaison la plus proche que je vois hors du secteur numérique, c'est celle d'une filière industrielle entière qui changerait de procédé de fabrication du jour au lendemain, pendant qu'une filière concurrente continuerait d'exploiter son outil existant parce que le changer coûterait de reconstruire la confiance de millions d'utilisateurs sur un nouveau mécanisme de sécurité : le calendrier ne dépend jamais seulement de la technique disponible.

Pour situer ce basculement d'Ethereum dans l'ensemble de l'empreinte numérique, la comparaison entre data centers d'IA et aviation montre qu'un secteur numérique peut peser plus lourd que prévu, quand celui-ci montre l'inverse : une transition technique peut aussi faire disparaître un poste d'émissions presque entièrement. La même prudence méthodologique vaut pour les allégations vertes de l'aviation, où un pourcentage flatteur cache souvent un périmètre plus étroit que ce qu'il laisse croire.

Le mix électrique du minage Bitcoin, composé à 47,1 % de gaz et de charbon, s'inscrit aussi dans le budget carbone mondial restant : chaque secteur qui reste en bonne partie fossile pèse sur la même enveloppe. Et la part croissante de renouvelables dans ce mix n'est pas acquise pour toujours : l'hydroélectricité elle-même devient vulnérable au climat qu'elle contribue à limiter, un paradoxe qui touche autant les mineurs que n'importe quel autre consommateur industriel. Sur le fond, le CO2 reste le gaz à effet de serre qui domine le bilan, quelle que soit l'industrie qui l'émet.

FAQ#

Combien consomme le réseau Bitcoin aujourd'hui ?#

Deux indices de référence donnent deux réponses différentes : 138,2 TWh par an selon le Cambridge Bitcoin Electricity Consumption Index (estimation du 29 juillet 2026, fourchette théorique 74-242 TWh), et 204,44 TWh par an selon Digiconomist (relevé du 28 septembre 2026). L'écart, supérieur à 45 %, tient d'abord à la méthode de calcul de chaque indice.

Ethereum consomme-t-il encore beaucoup d'électricité ?#

Non. Depuis le Merge du 15 septembre 2022, la consommation électrique annualisée d'Ethereum est tombée à environ 2 600 MWh par an, contre environ 23 millions de MWh avant la transition, selon le CCRI. La page officielle d'ethereum.org situe la consommation actuelle à 0,0026 TWh par an.

Le minage de Bitcoin est-il alimenté par des énergies renouvelables ?#

Le Cambridge Digital Mining Industry Report (avril 2025) chiffre à 52,4 % la part d'énergies dites « durables » dans le mix déclaré par les mineurs, en additionnant 9,8 % de nucléaire et 42,6 % de renouvelables. Le reste se répartit entre 38,2 % de gaz naturel et 8,9 % de charbon. Le chiffre de 59,5 % qui circule ailleurs vient du Bitcoin Mining Council, une association de mineurs, et porte sur le deuxième trimestre 2022.

Pourquoi Bitcoin n'a-t-il pas suivi la même transition qu'Ethereum ?#

Bitcoin continue de fonctionner en preuve de travail, un mécanisme qui repose sur la puissance de calcul de machines de minage en compétition, alors qu'Ethereum est passé en 2022 à la preuve d'enjeu, où la sécurité repose sur l'immobilisation de cryptomonnaie plutôt que sur du matériel consommant de l'électricité en continu.

Sources#

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