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Dengue en France : le moustique tigre gagne chaque été

Dengue en France : le moustique tigre gagne chaque été

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

Quatre-vingt-trois cas de dengue contractés sans quitter le territoire. C'est le bilan de 2024, et selon Santé publique France, c'est le plus haut niveau jamais atteint depuis la mise en place de la surveillance renforcée en 2006. Le moustique tigre, ce vecteur que l'on croyait encore cantonné au pourtour méditerranéen il y a vingt ans, transmet désormais la dengue en métropole chaque été. Les chiffres publics racontent une progression méthodique, saison après saison, que le réchauffement climatique nourrit directement.

Reprenons la mécanique dans l'ordre. Aedes albopictus, le nom scientifique du moustique tigre, est arrivé en France par Menton en 2004. Un seul département colonisé, les Alpes-Maritimes. Deux décennies plus tard, la donnée la plus solidement sourcée de Santé publique France fait état de 81 départements sur 96 colonisés au début 2025. Un chiffre stable depuis, même si je préfère le dire avec prudence : les compteurs plus récents qui circulent proviennent d'agrégateurs non institutionnels, pas d'une page officielle vérifiable. La carte de l'Anses, elle, continue d'être mise à jour, mais sans total agrégé consultable directement.

Ce que le bilan 2025 met noir sur blanc#

Selon les derniers chiffres de Santé publique France, la saison 2025 a produit 30 cas autochtones de dengue en France hexagonale. Vingt-neuf répartis dans onze épisodes de transmission, plus un cas isolé dont le lieu de contamination n'a pas pu être identifié. Les dates de début des signes s'échelonnent du 25 juin au 14 septembre. Rien d'exotique là-dedans : ces personnes ont été piquées en France, par des moustiques français, à quelques kilomètres de chez elles.

Ce que les cartes révèlent est plus parlant encore. Les épisodes 2025 ont touché des régions déjà coutumières du phénomène, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes, Corse, Île-de-France. Mais pour la première fois, trois nouvelles régions sont entrées dans le tableau : la Nouvelle-Aquitaine, le Grand Est et la Bourgogne-Franche-Comté. La transmission ne se contente plus du Sud. Elle remonte.

Et la dengue n'est pas seule. Le même bilan recense 809 cas autochtones de chikungunya en 2025, une virose transmise par le même vecteur. La saison vectorielle française ne se résume plus à quelques foyers isolés du littoral. C'est une réalité sanitaire nationale, documentée, chiffrée.

Un mot de méthode, parce qu'il compte. Les décomptes diffusés en cours de saison étaient forcément plus bas, puisque la période de surveillance n'était pas close. Ce sont des données intermédiaires, dépassées par le bilan final. Les seuls chiffres qui font foi ici sont ceux du bilan complet : 809 et 30. La nuance a son importance quand on écrit sur un sujet où chaque estimation intermédiaire finit reprise sans son contexte.

Le climat, moteur écologique documenté#

C'est le cœur de l'affaire, et la science est désormais explicite. Une étude de Radici et ses collègues, parue dans Global Change Biology en août 2025, a mesuré la vitesse de colonisation du territoire par le moustique tigre. Dans les années 2000 à 2010, l'insecte avançait à environ 10 kilomètres par an. Récemment, cette progression a grimpé à une médiane de 20 à 40 kilomètres par an. La colonisation ne ralentit pas, elle accélère.

Les auteurs identifient le réchauffement climatique récent, de l'ordre de 1 à 1,5 °C, comme le principal moteur écologique de l'établissement du moustique tigre dans les régions tempérées comme l'ouest de la France. Ce n'est pas une corrélation prudente lâchée en conclusion. C'est le facteur central que retient l'étude. Des hivers plus doux qui ne tuent plus les œufs, des saisons chaudes plus longues qui allongent la fenêtre de reproduction : le vecteur trouve un climat qui lui ressemble de plus en plus. L'expansion future, écrivent les chercheurs, dépendra désormais de l'élargissement climatique des zones qui lui sont favorables.

C'est là que le sujet rejoint tout ce que le pilier documente par ailleurs, du bilan des canicules françaises et de l'adaptation des villes aux effets sanitaires chiffrés par le Lancet Countdown. La dengue autochtone n'est pas un fait divers estival. C'est une conséquence sanitaire directe d'un climat qui se réchauffe, au même titre que les nuits tropicales qui franchissent le seuil des 20 °C.

L'adaptation sanitaire court derrière#

Face à cette expansion, la réponse s'organise, mais elle court derrière le vecteur. Depuis le 1er janvier 2020, l'ensemble des départements métropolitains est officiellement considéré à risque d'implantation, et les Agences régionales de santé pilotent la surveillance ainsi que la lutte anti-vectorielle. Concrètement, quand un cas importé est signalé dans une commune colonisée, l'ARS déclenche une opération de démoustication ciblée autour du domicile, financée par l'impôt, sans participation demandée aux habitants.

Le volume de ces opérations en dit long sur la pression. Dans la Métropole de Lyon et le Rhône, elles sont passées de 72 en 2024 à 134 en 2025, un quasi-doublement en un an. J'ai voulu obtenir un chiffrage national consolidé du coût de cette lutte pour le système de santé. Je n'ai trouvé que des exemples locaux, jamais de budget agrégé. Contact tenté avec une ARS pour éclaircir ce point : à l'heure où j'écris, pas de réponse. C'est le genre de silence administratif qui en dit parfois plus qu'un rapport.

Pour 2026, la surveillance renforcée a été activée du 1er mai à fin novembre, la période d'activité du moustique. La région PACA reste l'épicentre : 97 % de sa population vit en zone de présence du moustique tigre, et environ 60 % des cas autochtones de 2025 y ont été identifiés, principalement dans les Alpes-Maritimes, le Var et les Bouches-du-Rhône. Le dispositif existe, il fonctionne, mais il réagit à des cas déjà déclarés. Il ne devance pas l'insecte, il le suit.

Ce que les chiffres ne disent pas encore#

Sur un point, j'hésite encore à trancher. La progression est documentée, la cause climatique est établie, la surveillance est en place. Ce qui manque, c'est une lecture honnête de la trajectoire : combien de départements l'été prochain, combien de cas autochtones dans cinq ans, quel coût réel pour la santé publique. Les projections chiffrées et datées qui circulent tiennent souvent plus de l'extrapolation d'agrégateur que de la donnée officielle, et je me refuse à les reprendre comme si elles venaient de Santé publique France.

Ce qui est certain tient en une phrase : le moustique tigre n'est plus un problème méditerranéen, et la dengue autochtone n'est plus une exception. Les données publiques, elles, racontent une expansion que le climat commande et que l'adaptation, pour l'instant, se contente de suivre. La vraie question n'est pas de savoir si le vecteur va continuer de remonter vers le nord. Les chiffres y ont déjà répondu.

Sources#

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