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90 % des logements français sont des bouilloires thermiques

90 % des logements français sont des bouilloires thermiques

Par Thomas R.

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Thomas R.

Neuf logements français sur dix ne sont pas adaptés aux fortes chaleurs. C'est le chiffre que sort Pouget Consultants pour le syndicat IGNES le 18 juin 2026, après avoir passé au crible 9 millions de DPE de la base ADEME. Et le détail qui m'a fait tiquer : ça touche aussi le neuf. Les logements construits sous RT2012 ou RE2020, ceux étiquetés A ou B sur leur diagnostic, sont concernés eux aussi. On a passé quinze ans à blinder l'isolation contre le froid, et on s'aperçoit qu'on a fabriqué des thermos qui gardent la chaleur dehors l'hiver et la piègent dedans l'été.

Le terme qui circule, c'est « bouilloire thermique ». Près d'un logement sur deux entre dans cette catégorie selon l'étude, avec un indicateur de confort d'été jugé insuffisant. Le ministre du Logement Vincent Jeanbrun, lui, parle d'« un logement sur trois ». L'écart entre ces deux chiffres n'est pas anodin, j'y reviens plus bas, parce qu'il dit beaucoup sur la fiabilité de l'outil censé mesurer tout ça.

Le DPE confort d'été, un thermomètre cassé#

C'est le cœur du problème, et c'est par là qu'il faut commencer.

Le DPE (diagnostic de performance énergétique) comporte depuis 2021 un indicateur de confort d'été, censé dire si un logement va devenir invivable pendant une canicule. Le souci : selon IGNES, cet indicateur est faux dans 26 % des cas. Plus d'un quart des étiquettes confort d'été affichées dans les annonces immobilières ne reflètent pas la réalité.

Le détail du recalcul fait par Pouget Consultants en août 2024 est parlant. En appliquant la méthode correctement, seulement 11 % des logements obtiendraient la mention « bon », contre 21 % actuellement affichés. Et la part « insuffisant » passerait de 35,5 % à 47 %. Autrement dit, l'outil officiel sous-estime massivement le problème. Il rassure des acheteurs et des locataires sur des biens qui vont les cuire.

Quand on regarde les chiffres bruts de l'étude de juin 2026, le tableau est encore plus net : à peine 10 % des logements décrochent un confort d'été « bon ». À Paris, plus de 68 % des logements ont un confort d'été insuffisant, et la barre dépasse 70 % à Lille. Ce ne sont pas des villes du Sud, et c'est précisément ce qui doit alerter : la surchauffe n'est plus un problème méditerranéen.

La cause principale, l'étude est catégorique là-dessus, ce n'est ni l'isolation ni le vitrage. C'est l'absence de protections solaires extérieures. Pas de volets, pas de stores, pas de brise-soleil. Le soleil tape sur la vitre, traverse, et la chaleur reste piégée. Un store extérieur arrête le rayonnement avant qu'il n'entre ; un rideau intérieur, lui, ne fait que repousser l'inévitable.

Pourquoi le neuf n'est pas épargné#

C'est le point qui dérange le plus dans cette étude. On pourrait croire qu'une construction RE2020, avec son indicateur de confort d'été réglementaire, serait à l'abri. Faux. Seuls 19 à 20 % des logements neufs RE2020 sont jugés bien adaptés aux fortes chaleurs.

Honnêtement, je ne sais pas trop comment on a pu en arriver là avec une norme aussi récente. Une partie de l'explication tient sans doute à la même faiblesse de l'indicateur de mesure : si le thermomètre est mal calibré, il valide des bâtiments qui ne devraient pas l'être. Le reste relève des arbitrages de chantier, où la protection solaire saute souvent en premier quand le budget se tend. Sur ce point précis, je préfère rester prudent : l'étude constate le résultat, elle ne tranche pas la mécanique exacte.

Ce que le gouvernement met sur la table#

Face à ça, l'exécutif a dégainé une série d'annonces en juin 2026. Reste à voir ce qui est déjà en vigueur et ce qui relève encore du communiqué.

Premier levier, déjà actif : la TVA à 5,5 % sur les protections solaires (volets, stores, brasseurs d'air) depuis janvier 2025, à condition qu'elles s'intègrent dans un projet de rénovation. C'est concret, ça baisse la facture, et ça vise pile la cause numéro un identifiée par l'étude.

Deuxième levier, plus médiatisé mais à nuancer fortement : la TVA à 5,5 % sur les pompes à chaleur air-air réversibles. Le texte a été adopté par l'Assemblée nationale, mais il n'est pas promulgué. Tant que l'arrêté ministériel n'est pas publié, le régime applicable reste celui en vigueur, soit 20 % sur l'équipement et 10 % sur la main-d'œuvre. Si un installateur vous vend une clim « à TVA réduite » aujourd'hui, demandez-lui de vous montrer le texte. Il n'existe pas encore.

Le gouvernement promet aussi de doubler la capacité des réseaux de froid urbains d'ici 2030, puis de la tripler avant 2040. Et surtout, un décret attendu avant janvier 2027 doit enfin réviser l'indicateur de confort d'été du DPE, celui-là même qui se trompe une fois sur quatre. C'est la mesure la plus utile sur le papier : sans outil de mesure fiable, tout le reste navigue à l'aveugle.

Tout ça s'inscrit dans la mesure 9 du PNACC-3, le troisième Plan national d'adaptation au changement climatique publié le 10 mars 2025. Cette mesure fixe un cap : à l'horizon 2030, 100 % des rénovations devront intégrer le confort d'été. Le PNACC-3 lui-même, avec ses 52 mesures, se cale sur une trajectoire de réchauffement de +4 °C en France métropolitaine d'ici 2100. C'est dire l'ampleur du chantier d'adaptation qui nous attend, et qui dépasse largement la question du logement.

La critique des professionnels#

Les annonces n'ont pas convaincu tout le monde. IGNES, à l'origine de l'étude, et la Fondation pour le logement des défavorisés jugent le plan insuffisant. Cette dernière propose un plan national qui équiperait tous les logements de volets et de brasseurs d'air d'ici 2040, financé à hauteur de 1,1 milliard d'euros par an par l'État. On est loin du compte avec les mesures actuelles, principalement incitatives.

Le problème social est réel. Dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, 59 % des foyers déclarent souffrir de la chaleur dans leur logement, contre 43 % dans le reste de la France selon la Fondation Abbé Pierre. La surchauffe frappe d'abord ceux qui ne peuvent ni rénover ni s'offrir une clim.

Le piège de la climatisation#

Et c'est là qu'on touche au vrai dilemme. Quand un logement devient une bouilloire, le réflexe est d'installer une clim. La courbe le confirme : en France, le taux d'équipement est passé de 18 % des foyers en 2023 à 24 % en 2025, un tiers de hausse en deux ans selon l'ADEME. Aujourd'hui, trois foyers sur quatre affrontent encore les canicules sans climatisation.

Le hic, c'est l'effet rebond. Plus il fait chaud, plus on climatise ; plus on climatise, plus on consomme d'électricité, plus on rejette de chaleur dehors et plus on aggrave les îlots de chaleur urbains. L'ADEME projette que la consommation électrique liée à la climatisation résidentielle pourrait tripler d'ici 2050 par rapport à 2020, soit 13 TWh de plus, en l'absence d'effort de sobriété.

D'où une recommandation simple de l'ADEME : ne pas régler la clim en dessous de 26 °C. Passer d'une consigne de 23 °C à 26 °C divise par trois la consommation électrique de l'appareil. Trois degrés. Ça paraît rien, et ça change tout sur la facture comme sur le réseau.

Mon avis, après avoir creusé ces chiffres : la clim n'est pas le sujet. C'est un pansement. Le vrai sujet, c'est qu'on a construit et qu'on continue de rénover des logements qui ont besoin d'un pansement. Un volet extérieur posé en amont coûte une fraction d'un climatiseur, ne consomme rien et ne réchauffe pas la rue de votre voisin. On préfère pourtant subventionner la machine plutôt que d'imposer le volet. C'est un choix, et il dit quelque chose de notre rapport au confort immédiat.

Pourquoi ça compte cet été#

L'enjeu n'est pas théorique. L'été 2025 a été le troisième plus chaud en France depuis 1900, à +1,9 °C au-dessus de la normale 1991-2020. Santé publique France a recensé plus de 5 700 décès attribuables à l'exposition à la chaleur sur l'ensemble de la saison estivale 2025. Et la première vague de juin a déjà entraîné au moins 480 décès en excès. Pour mémoire, la canicule de 2003 avait causé environ 15 000 décès supplémentaires selon l'INSERM.

Un logement qui surchauffe la nuit, c'est un corps qui ne récupère jamais. C'est exactement ce qui tue pendant les canicules, surtout chez les personnes âgées et isolées. Le sujet rejoint d'ailleurs celui des nuits tropicales qui se multiplient, ces nuits où le thermomètre ne redescend plus sous 20 °C.

Alors oui, le DPE va être corrigé, la TVA sur les protections solaires existe déjà, le PNACC-3 trace une ligne à 2030. Mais entre la feuille de route et le volet effectivement posé sur la fenêtre d'un quatrième étage exposé plein ouest, il y a un fossé. Et ce fossé, l'été ne va pas attendre qu'on le comble.

Sources#

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