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École et canicule : qui peut aménager, qui peut fermer

École et canicule : qui peut aménager, qui peut fermer

Par Julien P.

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Julien P.

Le 1er juillet 2025 à 19 h, le ministère de l'Éducation nationale comptait 2 213 établissements fermés, dont 2 200 écoles, 12 collèges et 1 lycée. Le 25 juin 2026, le ministre Édouard Geffray annonçait pour le jour même 3 500 écoles « a priori fermées » et environ 10 000 en aménagement d'horaires ou de locaux. Ces deux chiffres se ressemblent et ne se comparent pas : l'un est un constat de fin de journée sur des établissements, l'autre une prévision sur des écoles. Le tableau de chronologie plus bas range chaque annonce avec son jour, son périmètre et son statut.

En bref : selon le plan ministériel, le droit français ne fixe aucun seuil réglementaire de température pour l'accueil des élèves. Un directeur d'école peut aménager les horaires, pas fermer son école ; le chef d'un collège ou lycée public, le maire et le préfet peuvent fermer. Le rouge ne vaut pas fermeture : les préfets « pourront décider, si nécessaire ».

Existe-t-il un seuil de température qui oblige à fermer une classe ?#

Non, et le texte de référence l'écrit lui-même. La circulaire du 27 mai 2026, publiée au Bulletin officiel de l'éducation nationale n° 22 du 28 mai 2026, porte le Plan ministériel de gestion des vagues de chaleur. Sa fiche 3, page 16, dit : « Le droit français ne fixe aucun seuil réglementaire de température pour l'accueil des élèves et des personnels. » Le plan couvre les écoles et établissements publics et privés, sous et hors contrat, du premier et du second degré, et chaque académie le décline en tenant compte des spécificités de son territoire.

Des repères existent pourtant, et ils circulent comme s'ils étaient des seuils. L'INRS écrit que les valeurs de 30 °C pour une activité sédentaire et de 28 °C pour un travail nécessitant une activité physique « peuvent être utilisées comme repères pour agir en prévention », dans le cadre de la chaleur au travail. Le plan les reprend parmi des repères « applicables au monde du travail » et en ajoute un troisième : une évacuation qu'il dit envisageable au-delà de 33 °C sans ventilation. Ce 33 °C ne figure pas sur la page de l'INRS que le plan cite. Le plan écrit de ces trois valeurs : « Ces valeurs ne constituent pas des normes juridiques. » Il ajoute que la décision d'adapter ou d'interrompre l'accueil « repose sur une appréciation globale des conditions (température réelle, durée d'exposition, ventilation, état de santé) ».

Sur le sujet d'un seuil unique, le 25 juin 2026, Édouard Geffray a dit : « je ne suis pas favorable à ce stade, mais sous réserve de tout ce qu'on va se dire au cours des prochains mois, à un seuil purement de température », selon la retranscription que franceinfo a publiée de son passage dans les « 4V » de France 2. Il parlait d'un seuil de température seul. Une question écrite, la n° 12168 d'Emmanuel Duplessy, publiée au Journal officiel le 13 janvier 2026 (page 90), demande si le Gouvernement entend fixer des seuils minimaux et maximaux. À la date du 1er octobre 2026, la fiche officielle de l'Assemblée nationale ne porte aucune réponse.

Mon analyse, et rien de plus : un seuil unique ressemble à une limitation de vitesse, lisible partout et indifférente à l'état de la route. Le dispositif actuel ressemble plutôt à une consigne de prudence laissée à l'appréciation de chaque autorité. Faut-il passer de l'un à l'autre ? Je n'ai pas d'avis arrêté : le seuil rendrait la décision prévisible pour une famille, l'appréciation locale tient compte du territoire, et aucune des deux voies ne me paraît supérieure sans savoir ce que chacune coûterait en journées de classe perdues.

Qui peut aménager, qui peut fermer, selon le type d'établissement ?#

Le plan répond par type d'établissement. Le tableau suivant reprend sa page 17 (notes 16, 17 et 18) et les articles de code lus sur Légifrance. Un verbe compte dans chaque cellule : « peut », jamais « doit ».

ÉtablissementCe que peut faire l'autorité de l'établissementAutres autorités qui peuvent fermerTexte cité
École publique (maternelle, élémentaire)Le directeur peut prévoir des mesures d'organisation interne, par exemple aménager les horaires, « mais non de fermer complètement l'école », qui n'a pas la personnalité juridiqueLe maire sur sa commune, le préfet sur son département, au titre de leurs pouvoirs de police généralePlan, note 16, p. 17 ; code de l'éducation, L411-1, R411-10, R411-14 ; CGCT, L2122-24
Collège ou lycée publicLe chef d'établissement peut fermer, au titre de ses prérogatives de sécurité, en informant sans délai le DasenLe maire sur sa commune, le préfet sur son départementPlan, p. 17 et note 16 ; code de l'éducation, R421-10 (3°)
Établissement privé sous contrat (1er et 2d degré)D'après la note 17 du plan, le responsable d'établissement peut fermer dans le cadre de ses prérogatives, en informant sans délai le DasenLe maire sur sa commune, le préfet sur son départementPlan, note 17, p. 17 ; articles L442-5 et R442-39 du code de l'éducation, cités par le plan

Le Dasen, responsable de la mise en œuvre et de la cohérence des mesures à l'échelle du département, est le point de passage d'une fermeture : le plan lui fait tenir informés le recteur, le préfet et, le cas échéant, l'agence régionale de santé (ARS).

Pour le directeur d'école, le code de l'éducation lui confie de veiller à la bonne marche de l'école, ce que le plan traduit par la faculté d'aménager. L'article R421-10, dans sa version en vigueur depuis le 4 juillet 2025, charge de son côté le chef d'établissement de prendre « toutes dispositions, en liaison avec les autorités administratives compétentes, pour assurer la sécurité des personnes ». C'est sur ce fondement que le plan lui reconnaît la faculté de fermer.

Côté mairie et préfecture, le plan vise l'article L2122-24 du code général des collectivités territoriales : le maire exerce les pouvoirs de police sous le contrôle administratif du représentant de l'État dans le département, dans les conditions des articles L2212-1 et suivants. L'article L2212-2 en fixe l'objet (le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques, dont, au 5°, la prévention des accidents et fléaux calamiteux). L'article L2215-1 donne au préfet un pouvoir de substitution : il peut prendre, pour toutes les communes du département ou plusieurs d'entre elles, les mesures de salubrité, de sûreté et de tranquillité publiques quand les autorités municipales n'y ont pas pourvu. Selon le plan, un maire qui envisage de fermer entre en dialogue systématique avec le préfet et les autorités académiques.

Dans quel ordre le plan procède-t-il avant une fermeture ?#

Les aménagements viennent d'abord. La phase 2 de la fiche 3 (page 16) liste ceux qu'il faut envisager : la modification des horaires, le transport scolaire, les activités pédagogiques (l'EPS en particulier), les sorties et voyages, les récréations et pauses méridiennes, les lieux de repli (locaux municipaux, autres écoles), et une autorisation éventuelle d'absence pour les familles.

La fiche 4 (page 19) décrit des scénarios d'accueil réduit : « Ouverture le matin, fermeture l'après-midi », avec les fondamentaux en présentiel le matin et l'après-midi à distance sous une forme allégée ; un accueil par niveaux ou en demi-groupes ; un accueil partiel des élèves prioritaires.

La fermeture vient ensuite, et à une condition, posée en phase 3 (page 17) : « Si aucune modalité d'aménagement ne permet l'accueil des élèves et des personnels en toute sécurité, l'accès à l'établissement peut être fermé temporairement à l'issue d'un dialogue entre le préfet, les autorités académiques et le maire. » La phrase nomme un dialogue et une condition, pas une température.

D'après le plan, toute mesure de fermeture d'accès fait l'objet d'une information préalable du Dasen, qui informe le recteur, lequel avise le ministère ; la collectivité de rattachement est informée en parallèle. Les notes 16 et 17 parlent d'une information sans délai, la phrase générale d'une information préalable.

Quand l'établissement est fermé, le compte rendu du SE-UNSA de la réunion du 20 juin 2026 avec le ministre rapporte : « Lorsqu'un établissement est fermé, aucun personnel n'est tenu d'être présent sur site ». C'est une source syndicale, à lire comme telle. La chaleur au travail des personnels a ses propres textes : le plan cite le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur, avec la circulaire fonction publique du 30 juin 2025, et l'article du pilier sur la chaleur au travail en détaille le cadre.

Le calendrier des examens nationaux échappe à cette logique locale : aucune initiative académique ne peut modifier les dates ou horaires nationaux, selon la fiche 5 du plan (page 21). Le brevet 2026, fixé aux 26, 29 et 30 juin, a été maintenu le matin pendant la canicule.

Que change la vigilance rouge ?#

Le plan s'inscrit dans une veille saisonnière ouverte du 1er juin au 15 septembre, et ses mesures peuvent être déployées en dehors de cette période si la situation l'exige. Avant lui, le cadre tenait en recommandations aux directeurs d'école et chefs d'établissement, en quatre axes ; le plan compte cinq fiches.

NiveauDéfinition de Météo-FranceCe que le ministère en écrit pour l'école
Vigilance orangeUne canicule, soit une période de chaleur intense pendant au moins 3 jours et 3 nuits consécutifsLe plan prévoit d'abord des aménagements. La condition de fermeture citée plus haut (aucun aménagement ne permet l'accueil en sécurité) ne nomme aucun niveau de vigilance
Vigilance rougeUne canicule extrême, exceptionnelle par sa durée, son intensité, son extension géographique, à fort impact sanitaire et sociétalEn cas de passage en vigilance rouge notamment, « les autorités préfectorales pourront décider, si nécessaire, de la fermeture temporaire de certains établissements scolaires » (communiqué du 26 mai 2026)

Les nuits comptent dans la définition de l'orange ; sur ce qu'elles font à l'organisme, l'article sur les nuits tropicales part du seuil des 20 °C. Le verbe du ministère est celui d'une faculté : un passage en rouge peut conduire à une fermeture, il n'en déclenche aucune d'office.

Que disent les chiffres de 2025 et de juin 2026 ?#

Voici la chronologie, ligne par ligne. Les annonces viennent de sources différentes, et aucune ligne ne reprend le périmètre de la précédente.

DateChiffre annoncéPérimètreStatut et source
Dimanche 29 juin 2025200 écoles publiques, sur 45 000, fermées partiellement ou totalement lundi, mardi ou mercrediÉcoles publiquesAnnonce du dimanche pour les jours suivants, selon la ministre, rapportée par ICI
30 juin 2025450 écoles ferméesÉcolesChiffre du ministère, relayé par Maire-Info
1er juillet 2025, au matinPlus de 1 350 écoles ferméesÉcolesChiffre du ministère, relayé par Maire-Info
1er juillet 2025, 19 h2 213 établissements fermés, dont 2 200 écoles, 12 collèges et 1 lycéeÉtablissementsConstat officiel, communiqué du ministère du 2 juillet 2025
Vendredi 19 juin 2026784 écoles et collèges concernés par des aménagements horaires ou des fermetures, dont quelque 150 complètement fermésÉcoles et collègesPrécision du ministère à l'AFP, selon franceinfo
Lundi 22 juin 20261 352 écoles et collèges fermés, 4 042 autres avec aménagementsÉcoles et collègesChiffre du jour, annoncé par le ministre, repris par l'AFP
Mardi 23 juin 2026Environ 1 800 écoles fermées, environ 8 000 avec des horaires adaptés, sur 60 000 implantations scolairesÉcolesMinistre, questions au gouvernement, selon l'AFP
Jeudi 25 juin 20263 500 écoles « a priori fermées », environ 10 000 en aménagement d'horaires ou de locauxÉcolesPrévisionnel, selon le ministre, retranscription de franceinfo

Ces lignes ne s'additionnent pas. Chaque chiffre de juin 2026 est celui d'un jour, annoncé par le ministre, et le périmètre change d'une ligne à l'autre : écoles et collèges les 19 et 22 juin, écoles seules les 23 et 25 juin, puis écoles ou établissements en 2025. Les dénominateurs non plus ne se superposent pas, 45 000 écoles publiques citées en 2025 et 60 000 implantations scolaires selon le ministre en 2026 : je n'en tire aucun pourcentage. J'ai failli reporter la colonne dans un tableur pour obtenir un « total de la canicule » ; le nombre obtenu n'aurait désigné aucun objet.

Le chiffre de 845 écoles et collèges fermés le 22 juin, qui a servi de titre à certains articles, est l'annonce faite la veille par le ministre, dimanche 21 juin, pour le lundi, d'après Europe 1. Le constat du lundi 22 juin est 1 352. Les chiffres du 25 juin sont prévisionnels, ceux du 1er juillet 2025 un constat à 19 h.

Côté Météo-France, la canicule de juin 2026 s'étend du 17 au 30 juin, avec jusqu'à 72 départements en vigilance rouge canicule, alors que Maire-Info comptait 16 départements en rouge et 68 en orange le 1er juillet 2025. L'été 2026 est le plus chaud depuis 1900 d'après le bilan de l'été, avec 53 jours de vague de chaleur en trois épisodes. Pour l'épisode de 2025 vu depuis les villes, le bilan des canicules en France en 2025 en donne le contexte, et le mécanisme du dôme de chaleur l'explication physique.

Qui finance les travaux, et où en est la rénovation ?#

La commune a la charge des écoles, le département celle des collèges, la région celle des lycées, d'après la réponse ministérielle du 18 novembre 2025 aux questions écrites n° 7992, 7993 et 8304. La commune dont le maire peut fermer l'école est donc aussi celle qui en tient le bâti.

Le plan national de rénovation des écoles, mis en œuvre à compter de 2023, vise 40 000 projets sur dix ans, dont 10 000 à fin 2027, selon cette même réponse. Le communiqué du ministère du 2 juillet 2025 écrit 40 000 écoles pour dix ans : l'unité change entre les deux textes, projets d'un côté, écoles de l'autre, et je ne calcule donc aucun pourcentage d'écoles rénovées. Le 23 juin 2026, le ministre a parlé de 6 200 projets soutenus par le fonds vert ou EduRénov, soit à peu près 24 millions de mètres carrés, selon l'AFP.

Depuis le 1er janvier 2025, l'aide du fonds vert à la rénovation énergétique en métropole est conditionnée à la prise en compte du confort d'été. La phrase suivante est du plan : « La mise en place de système de climatisation est exclue des travaux finançables par le fonds vert. » Pour rafraîchir sans climatiser, l'article sur le rafraîchissement passif compare les options. EduRénov, de son côté, représente une enveloppe de 2 milliards d'euros de prêts de la Banque des Territoires aux collectivités, d'après le communiqué du 2 juillet 2025. Quant aux logements, l'article sur les logements en surchauffe en dit l'échelle.

Le cadre national d'adaptation dans lequel s'insère ce travail est décrit dans l'article sur le PNACC-3.

FAQ#

À partir de quelle température une école ferme-t-elle ?#

Aucune température ne déclenche une fermeture : le plan ministériel du 27 mai 2026 écrit que le droit français ne fixe aucun seuil réglementaire de température pour l'accueil des élèves. Selon le même plan, l'accès à l'établissement peut être fermé temporairement si aucune modalité d'aménagement ne permet l'accueil en sécurité, à l'issue d'un dialogue entre le préfet, les autorités académiques et le maire.

Un directeur d'école peut-il fermer son école ?#

Non. D'après la note 16 du plan, il peut prévoir des mesures d'organisation interne, par exemple aménager les horaires, mais non fermer complètement l'école, qui n'a pas la personnalité juridique. Le maire sur sa commune et le préfet sur son département peuvent fermer, au titre de leurs pouvoirs de police générale.

Qui peut fermer un collège ou un lycée public ?#

Le chef d'établissement, au titre de ses prérogatives de sécurité (article R421-10, 3° du code de l'éducation), en informant sans délai le Dasen. Le maire et le préfet disposent aussi de leurs pouvoirs de police générale. Pour le privé sous contrat, la note 17 du plan désigne le responsable d'établissement.

Vigilance rouge : les écoles ferment-elles automatiquement ?#

Non. Le ministère écrit qu'en cas de passage en vigilance rouge notamment, les autorités préfectorales pourront décider, si nécessaire, de la fermeture temporaire de certains établissements scolaires. C'est une faculté, pas un automatisme : un passage en rouge peut conduire à une fermeture sans l'imposer.

Combien d'écoles ont fermé pendant la canicule de juin 2026 ?#

Cela dépend du jour et du périmètre. Le 19 juin, 784 écoles et collèges étaient concernés par des aménagements ou des fermetures, dont quelque 150 complètement fermés. Le 22 juin, 1 352 écoles et collèges étaient fermés ; le 23 juin, environ 1 800 écoles ; le 25 juin, 3 500 étaient annoncées a priori fermées, un chiffre prévisionnel. Ces chiffres journaliers ne s'additionnent pas.

Sources#

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