Le chauffage pèse 66 % de la consommation énergétique des ménages, selon un chiffre de l'ADEME repris par l'Association française pour les pompes à chaleur. C'est dire si la question « gaz, fioul, bois ou pompe à chaleur » déplace quelque chose. Elle déplace beaucoup, à une condition : comparer les bons chiffres.
Il en existe deux familles, et les mélanger produit exactement les absurdités qu'on lit dans les pages commerciales. D'un côté les facteurs d'émission à la cheminée, publiés par le ministère de la Transition écologique à partir des valeurs nationales Citepa. De l'autre les contenus carbone réglementaires, ceux qu'un réseau de chaleur doit afficher, et qui ne comptent pas la biomasse comme une émission fossile. Entre les deux, l'intensité du kWh électrique français, mesurée par RTE, a changé de nature.
Les facteurs d'émission, tels que publiés#
L'annexe ministérielle des facteurs d'émission CO2 et pouvoirs calorifiques inférieurs donne, par combustible, une émission rapportée à l'énergie contenue et une émission rapportée à la masse brûlée.
| Combustible | Facteur d'émission | Pouvoir calorifique inférieur | Émission par tonne |
|---|---|---|---|
| Gaz naturel | 56,22 tCO2 par TJ | 47,4 GJ par tonne | non publié dans l'annexe pour ce combustible |
| Fioul domestique | 74,52 tCO2 par TJ | 42,6 GJ par tonne | 3,17 tCO2 par tonne |
| Bois anhydre et déchets de bois secs | 96,76 tCO2 par TJ | 18 GJ par tonne | 1,74 tCO2 par tonne |
Trois lectures, et il faut les garder séparées. À énergie contenue égale, le fioul domestique émet plus que le gaz naturel, et le bois affiche le facteur brut le plus élevé des trois. Mais le bois part avec un pouvoir calorifique bien plus faible : 18 GJ par tonne contre 42,6 pour le fioul, ce qui explique son émission massique la plus basse, 1,74 tCO2 par tonne brûlée. Et surtout, le chiffre de 96,76 tCO2 par TJ est une mesure à la cheminée : il ne dit rien du bilan atmosphérique de la biomasse, qui repose sur une autre comptabilité.
Le contenu carbone, autre comptabilité, autres chiffres#
Les réseaux de chaleur français doivent publier un contenu en CO2, calculé selon des règles précises. AMORCE, dans sa revue consacrée à ces contenus, récapitule les valeurs réglementaires par énergie : 13 gCO2 par kWh pour le bois-énergie, 10 pour la géothermie sans pompe à chaleur, 21 pour le solaire thermique, 79 pour l'électricité non renouvelable dans les réseaux de chaleur, et 180 pour l'électricité non renouvelable elle-même. Le contenu moyen constaté d'un réseau de chaleur, estimé par le SNCU, s'établit à 129 gCO2 par kWh.
Un détail de règle mérite d'être connu, parce qu'il explique beaucoup de débats : dans ce cadre de calcul, l'électricité produite sur site et consommée par une pompe à chaleur est comptée à 0 gCO2 par kWh. Une écriture réglementaire, pas une mesure physique : l'intensité réelle du réseau, elle, reste celle que publie RTE.
L'électricité française n'est plus le problème#
C'est le chiffre qui a bougé le plus, et le moins cité. RTE, dans son Bilan électrique 2025, établit l'intensité carbone de l'électricité produite en France à 19,6 gCO2éq par kWh sur l'année 2025, quand la moyenne de l'Union européenne, élargie à la Suisse, la Norvège et le Royaume-Uni, est de 178 gCO2éq par kWh. Les émissions directes de la production électrique française atteignent 10,9 MtCO2éq en 2025, contre 11,7 en 2024, un minimum historique depuis 1945. La production d'électricité pèse moins de 5 % du bilan carbone national, contre environ 20 % en Allemagne, en Espagne et dans l'Union européenne.
Le tableau de bord complet des émissions du secteur est publié chaque année par le CITEPA, et le bilan sectoriel 2024 commenté ici en donne la lecture d'ensemble.
Ce chiffre de 19,6 est une moyenne annuelle. Elle ne dit pas ce que vaut une heure de pointe hivernale, et elle ne dit pas ce que consomme la machine. C'est le rendement de l'appareil installé qui sépare le chiffre du réseau de la facture carbone d'un foyer, et ce rendement se mesure sur place, pas dans une moyenne nationale.
Le bois, seul à gagner sur les deux tableaux#
Côté prix, l'enquête de l'ADEME sur les combustibles bois, dont la synthèse a été publiée en octobre 2025, est nette : sur les marchés domestiques comme collectifs et industriels, la biomasse a confirmé sa compétitivité prix face à toutes les alternatives. Les granulés ont connu une correction importante à la baisse en 2023-2024, poursuivie en 2024-2025. Les plaquettes forestières, elles, ont progressé de 3 % en 2023 puis de 4 % en 2024, après une hausse de 20 % en 2022.
Cette compétitivité ne s'est pas traduite par un rebond de la filière : la même enquête note que les ventes d'équipements à granulés ont fortement chuté. Le signal-prix a fonctionné, la décision d'investissement non. Le coût de l'adaptation climatique pour un foyer et la surchauffe des logements français montrent pourquoi le choix d'un mode de chauffage ne se décide pas seul, mais dans l'état du bâti. Le bilan carbone du CO2 comme gaz majeur rappelle, lui, ce que mesure un gramme équivalent, et les alternatives à la climatisation donnent le pendant estival du même arbitrage.
J'ai replacé ces chiffres côte à côte pour voir s'ils se contredisaient. Les trois répondent à des questions différentes : le facteur Citepa mesure une combustion, le contenu réglementaire une obligation d'affichage, l'intensité RTE un réseau. Ce que je ne tranche pas, c'est la valeur pour un foyer précis. Deux ménages équipés du même appareil ne rendent pas le même service, et ce jugement ne se délègue pas à une moyenne nationale.
FAQ#
Quel mode de chauffage émet le moins de CO2 ?#
Cela dépend de la comptabilité. À la cheminée, l'annexe ministérielle des valeurs Citepa donne 56,22 tCO2 par TJ pour le gaz naturel et 74,52 pour le fioul domestique. Dans les contenus carbone réglementaires des réseaux de chaleur, le bois-énergie est compté à 13 gCO2 par kWh, la géothermie sans pompe à chaleur à 10 et le solaire thermique à 21. Pour une pompe à chaleur, tout dépend de l'intensité du réseau : RTE l'établit à 19,6 gCO2éq par kWh produit en France en 2025.
Pourquoi le bois affiche-t-il le facteur d'émission le plus élevé ?#
Parce que 96,76 tCO2 par TJ est une mesure à la cheminée, pas un bilan atmosphérique. Le bois a aussi le pouvoir calorifique le plus faible des trois combustibles comparés, 18 GJ par tonne contre 42,6 pour le fioul, et son émission par tonne brûlée est la plus basse, 1,74 tCO2. Dans les règles de contenu carbone appliquées aux réseaux, le bois-énergie est compté à 13 gCO2 par kWh.
L'électricité d'une pompe à chaleur est-elle propre ?#
En France, le kWh produit sur le réseau porte 19,6 gCO2éq en moyenne 2025, contre 178 gCO2éq par kWh pour la moyenne européenne calculée par RTE. La consommation d'électricité par habitant est d'environ 6 600 kWh en France, contre 6 000 en Allemagne. Le rendement de l'appareil installé reste l'autre moitié de l'équation, et il se mesure sur place.
Le gaz ou le fioul, lequel choisir sur le seul critère carbone ?#
À énergie contenue égale, le gaz naturel émet moins que le fioul domestique : 56,22 contre 74,52 tCO2 par TJ dans l'annexe des valeurs nationales. Cette comparaison ne dit rien du coût annuel, qui dépend du contrat et de la date, pas du facteur d'émission.
Le bois de chauffage est-il bon marché ?#
L'enquête ADEME sur les prix des combustibles bois conclut à une compétitivité prix confirmée de la biomasse face à toutes les alternatives, avec une baisse marquée des granulés en 2023-2024 et 2024-2025. Les plaquettes ont augmenté de 3 % en 2023 puis de 4 % en 2024, après 20 % en 2022.
Sources#
- Ministère de la Transition écologique, facteurs d'émission CO2 et pouvoirs calorifiques inférieurs, valeurs nationales Citepa, consulté le 2026-10-09
- RTE, Bilan électrique 2025, émissions, consulté le 2026-10-09
- AMORCE, contenu carbone des réseaux de chaleur et de froid, consulté le 2026-10-09
- Enquête ADEME sur les prix des combustibles bois, synthèse Fibois Île-de-France, consulté le 2026-10-09
- AFPAC, le simulateur Impact Chauffage de l'ADEME, consulté le 2026-10-09





