427,62 ppm. C'est la moyenne mondiale du dioxyde de carbone relevée par le laboratoire de surveillance globale de la NOAA pour le mois de juin 2026, contre 425,90 ppm pour le même mois de 2025. La hausse est continue, et elle relance la question que presque tout le monde pose avec un seul chiffre en tête : combien de temps le CO2 que nous émettons reste-t-il dans l'atmosphère ?
La réponse honnête en contient deux, parce que la question mélange deux objets. La littérature de modélisation ne parle pas du temps de séjour d'une molécule donnée, mais de la durée de vie de l'anomalie de concentration laissée par les émissions, et cette anomalie se résorbe sur des siècles, puis des dizaines de millénaires. C'est cette seconde durée qui intéresse le climat.
Deux grandeurs que le mot « durée » recouvre#
Les travaux de modélisation du cycle du carbone posent la distinction dès leur appareil critique. Dans une simulation publiée en 2025 dans la revue Biogeosciences, les auteurs écrivent suivre la terminologie d'Archer et Brovkin, pour qui la « durée de vie du CO2 anthropique » se comprend comme « the lifetime of an anomaly in atmospheric CO2 concentration caused by anthropogenic CO2 emissions ». Une anomalie, donc : l'écart au-dessus de l'état de référence, pas un ticket de passage pour une molécule donnée.
Le CO2 atmosphérique se mesure d'ailleurs comme une fraction, non comme un stock absolu : la NOAA rend ses données « as a dry air mole fraction defined as the number of molecules of carbon dioxide divided by the number of all molecules in air, including CO2 itself, after water vapor has been removed ». Les moyennes mondiales sont calculées sur des sites de surface marine, un réseau réparti sur la planète, et la série a été mise à jour pour la dernière fois le 5 septembre 2026. Ce que l'on suit, ce sont des proportions qui montent, pas des molécules identifiées.
L'échelle de temps, du siècle à la centaine de millénaires#
La simulation de 2025, conduite avec un modèle couplant cycle du carbone et climat sur 100 000 ans, produit une chronologie complète de la résorption. Elle sert de fil conducteur, et ses chiffres doivent être lus comme des sorties de modèle, avec leur incertitude.
| Horizon | Ce qui reste de l'anomalie | Repère |
|---|---|---|
| après le pic d'émissions | 75 % retiré en 197 à 1820 ans selon le scénario | simulation Biogeosciences 2025 |
| 200 à 2 000 ans | entre 20 % et 35 % encore en place | évaluation reprise par la simulation |
| 10 000 ans | environ 10 % de la valeur initiale | simulation Biogeosciences 2025 |
| 100 000 ans | 4,3 % en moyenne, plage de 4,0 % à 4,4 % | simulation Biogeosciences 2025 |
| 100 000 ans, travaux antérieurs | entre 4 % et 10 % | littérature citée par la simulation |
Le pic, dans ces expériences, intervient dans les 200 premières années, avec des concentrations maximales allant de 360 à 1820 ppm selon la trajectoire, contre une valeur préindustrielle fixée à 280 ppm dans le modèle. À l'autre bout de la chronologie, le verrou final est géologique : l'altération des silicates, qui consomme du CO2 en dégradant les roches, est estimée dans cette étude sur une échelle de 80 à 105 milliers d'années, plus courte que les évaluations précédentes.
Deux lectures trop simples se défont à ce stade. Dire « le CO2 reste des siècles » sous-estime la queue longue : même après dix mille ans, il en reste environ un dixième. Dire « le CO2 reste éternel » surestime : la fraction résiduelle à 100 000 ans se compte en pourcents, et le scénario sans émission du modèle ne dérive pas de plus de 2 ppm sur cette durée.
Ce que l'on mesure, ce que l'on modélise#
La courbe observée et la courbe simulée ne racontent pas la même chose, et les confondre est le principal accident de vulgarisation sur ce sujet. Les moyennes mensuelles de la NOAA, comme celles de la station de Mauna Loa, décrivent un système déjà perturbé : la station affiche 427,62 ppm en juin 2026, quand le modèle, lui, prend 280 ppm pour valeur préindustrielle de départ, et le record de mai s'inscrit dans cette pente. Les simulations, elles, prennent une émission hypothétique et suivent sa résorption sur des échelles que personne n'a observées.
Les puits actuels, océan et biosphère terrestre, sont documentés séparément : la part absorbée par l'océan fait l'objet d'une fiche propre, puits de carbone océanique, et le déclin des puits terrestres a été documenté sur 2023-2025. Le budget carbone restant traduit ces durées en quota d'émissions, et le rôle du CO2 comme gaz à effet de serre explique pourquoi la persistance importe autant que le volume. Les carottes de glace donnent, elles, le seul étalonnage passé sur des échelles longues.
Sur la façon de le dire au public, j'hésite entre « des siècles » et « des millénaires ». Le premier terme est plus proche de l'horizon politique, le second plus fidèle à la queue longue des modèles, et aucun des deux n'est faux à lui seul.
FAQ#
Le CO2 que nous émettons disparaît-il un jour ?#
Oui, mais sur des échelles très longues. Dans la simulation de 2025, environ 10 % de l'anomalie est encore présente après 10 000 ans, et 4,3 % en moyenne après 100 000 ans, avec une plage de 4,0 % à 4,4 %.
Pourquoi entend-on des chiffres aussi différents sur la durée de vie du CO2 ?#
Parce que deux objets sont en jeu : la durée de séjour d'une molécule, qui échange en permanence avec l'océan et la végétation, et la durée de vie de l'anomalie de concentration créée par les émissions. Les travaux sur le climat retiennent la seconde.
Combien de temps faut-il pour que l'essentiel du CO2 émis soit retiré ?#
Dans les scénarios simulés, retirer 75 % des émissions prend de 197 à 1820 ans après le pic, selon la trajectoire. Entre 20 % et 35 % restent en place après 200 à 2 000 ans.
Quelle est la concentration actuelle de CO2 dans l'atmosphère ?#
427,62 ppm en moyenne mondiale pour juin 2026, selon le laboratoire de surveillance globale de la NOAA, contre 425,90 ppm en juin 2025.
Sources#
- Biogeosciences, Assessing the lifetime of anthropogenic CO2 and its sensitivity to different carbon cycle processes (2025), consulté le 2026-10-12
- NOAA Global Monitoring Laboratory, Trends in atmospheric carbon dioxide, consulté le 2026-10-12





