423,9 parties par million. C'est la concentration moyenne de CO2 dans l'atmosphère en 2024, soit 52 % de plus qu'avant l'ère industrielle. Le chiffre vient du dernier Bulletin OMM sur les gaz à effet de serre, le n°21, publié le 15 octobre 2025 par l'Organisation météorologique mondiale. Entre 2023 et 2024, la hausse a atteint 3,5 ppm en un an. La plus forte jamais mesurée depuis le début des relevés modernes, en 1957.
Le prochain bulletin, le n°22, portera sur l'année 2025. Il n'est pas encore paru. Et en son absence, une confusion s'installe dans les reprises médiatiques : on prête déjà à l'OMM des chiffres 2025 qu'elle n'a pas publiés.
Ce que dit vraiment le dernier bulletin#
Le n°21 s'appuie sur 179 stations du réseau Global Atmosphere Watch (GAW) de l'OMM, présent sur tous les continents et alimenté par plus de cent pays. Ces stations mesurent ce qui reste réellement dans l'air, pas ce que les cheminées y envoient. La nuance est décisive, j'y reviens.
Trois gaz, trois records pour 2024. Le CO2 à 423,9 ppm, à plus ou moins 0,2 près. Le méthane à 1942 ppb, soit 166 % au-dessus du niveau préindustriel. Le protoxyde d'azote à 338,0 ppb, 25 % au-dessus. Pour le méthane, l'OMM rappelle un partage souvent oublié : environ 40 % de ce gaz vient de sources naturelles, les zones humides en tête, et 60 % de l'activité humaine, élevage bovin, riziculture, combustibles fossiles, décharges.
L'édition précédente, le n°20, parue en octobre 2024, donnait 420,0 ppm pour 2023. En une année, la barre a bougé de plus de trois points. Ce n'est pas une accélération abstraite : c'est le tempo réel auquel la couche de gaz s'épaissit au-dessus de nos têtes.
L'OMM mesure, le Global Carbon Project projette#
Voici où la lecture dérape. Depuis novembre 2025, un autre chiffre circule : 425,7 ppm de CO2 pour 2025. Il est souvent attribué à l'OMM. Il ne vient pas d'elle.
Cette valeur est une projection du Global Carbon Project, un consortium scientifique distinct, publiée le 13 novembre 2025 pendant la COP30. Le même rapport annonce 38,1 milliards de tonnes de CO2 d'émissions fossiles et cimentières pour 2025, un record en hausse de 1,1 %, et un budget carbone résiduel de 170 milliards de tonnes pour rester sous 1,5 °C. Soit quatre années d'émissions au rythme actuel.
Les émissions, c'est ce que l'humanité rejette. Les concentrations, c'est ce qui s'accumule dans l'air après que les océans et les forêts en ont absorbé une part. Deux grandeurs, deux organismes, deux méthodes. Le Global Carbon Project modélise et projette. L'OMM, elle, attend d'avoir relevé ses stations avant d'écrire un chiffre. C'est précisément cette prudence qui rend son bulletin utile, et c'est elle qu'on piétine en fusionnant les deux sources sous une même étiquette. J'ai vu passer des titres qui présentaient la projection du GCP comme un « relevé officiel OMM 2025 ». Ce n'en est pas un.
Ce que le n°22 devra confirmer#
D'autres réseaux, eux, ont déjà des chiffres partiels pour 2025. À l'observatoire de Mauna Loa, la NOAA mesure une croissance de 2,23 ppm sur l'année, cohérente avec la tendance. L'indice AGGI de cette même agence, qui pèse le forçage radiatif des gaz à longue durée de vie, atteint 1,54 : le pouvoir réchauffant retenu par l'atmosphère a grimpé de 54 % depuis 1990, et le CO2 en explique environ 81 %.
Côté température, Copernicus a bouclé 2025 à 1,47 °C au-dessus du préindustriel, troisième année la plus chaude derrière 2024 et 2023. La séquence 2023-2025 est la première période de trois années consécutives au-dessus de 1,5 °C. Ces données convergent, mais aucune ne remplace le bulletin de l'OMM, qui reste la référence mondiale sur les concentrations. Le n°22 tranchera. Pas avant.
La courbe complète, je l'ai suivie station par station en épluchant les relevés record de Mauna Loa et les dispositifs de mesure qui alimentent ces stations. Sur le méthane, la poussée de 2025 liée à l'élevage et aux zones humides mérite qu'on la regarde de près.
Le calendrier n'est pas un hasard#
Le n°21 est sorti trois semaines avant la COP30 de Belém, en novembre 2025. Ce n'est pas fortuit : l'OMM cale la parution de son bulletin pour qu'il serve de base scientifique aux négociations climatiques. Le n°22, s'il suit le même rythme, devrait donc atterrir à l'automne, en amont de la COP31.
Celle-ci se tiendra du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Turquie, sous une présidence australienne inédite : Ankara gère la logistique, Canberra pilote les négociations. Les délégués y arriveront avec, en main, le dossier des enjeux de cette COP et un budget carbone qui fond à vue d'œil.
Il faudra alors regarder deux choses. Le chiffre que l'OMM mesurera pour 2025. Et l'écart entre ce chiffre et les engagements qui seront pris à Antalya. Les concentrations, elles, ne négocient pas.
Sources#
- OMM, communiqué "Carbon dioxide levels increase by record amount to new highs in 2024"
- OMM, page officielle Greenhouse Gas Bulletin No. 21
- Global Carbon Project, "Fossil fuel CO2 emissions hit record high in 2025"
- Copernicus, "2025 was third hottest year on record"
- NOAA, Annual Greenhouse Gas Index (AGGI)
- UNFCCC, page officielle COP31





