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Mauna Loa mai 2026 : la courbe de Keeling ne ment pas

Mauna Loa mai 2026 : la courbe de Keeling ne ment pas

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

432,44 ppm. C'est la concentration moyenne de CO2 mesurée à Mauna Loa pour la semaine du 26 avril 2026, selon les données hebdomadaires de la NOAA mises à jour le 6 mai. Un an plus tôt, la même semaine affichait 430,29 ppm. La courbe de Keeling vient encore de battre son propre record, et le pic mensuel de mai n'est même pas encore tombé.

Selon les derniers chiffres de la NOAA Global Monitoring Laboratory, la moyenne mensuelle d'avril 2026 ressort à 431,12 ppm. Pour mai, le mois en cours, la mesure officielle ne sera publiée que début juin. Le Met Office britannique, qui produit chaque année une prévision saisonnière du CO2 à Mauna Loa, place le pic mensuel attendu à 432,2 ± 0,6 ppm. Si la prévision se confirme, mai 2026 deviendra, comme chaque année depuis 1958, le nouveau plafond historique du CO2 atmosphérique terrestre.

Pourquoi le pic tombe en mai#

La courbe de Keeling oscille chaque année selon une respiration planétaire bien connue. Au printemps boréal, la végétation de Sibérie et d'Amérique du Nord redémarre la photosynthèse et absorbe massivement le CO2. Avant ce redémarrage, les concentrations atmosphériques montent jusqu'à leur maximum annuel. Le programme Scripps Keeling Curve l'écrit en clair : "plants begin to photosynthesize in the spring and summer, they consume CO2 from the atmosphere… which causes the decrease in CO2 levels that begins every year in May".

L'amplitude saisonnière tourne autour de 8 ppm entre le pic de mai et le creux de septembre. Mais la moyenne annuelle, elle, ne fait que monter. Mai 2024 : 426,9 ppm à la NOAA. Mai 2025 : 430,51 ppm, le premier passage du pic saisonnier au-dessus de 430 ppm. Mai 2026 attendu à 432,2 ppm. Chaque pic saisonnier devient le nouveau maximum absolu de l'atmosphère depuis le début des mesures à Mauna Loa.

Le déplacement de la base#

Charles David Keeling a inscrit sa première mesure le 29 mars 1958, à 313 ppm. L'estimation NOAA du niveau pré-industriel, sur les 10 000 ans qui précèdent le milieu du XVIIIe siècle, est de 280 ppm. Entre 280 et 432, l'atmosphère terrestre a pris 54 % de CO2 supplémentaire. La quasi-totalité de cet écart a été ajoutée en moins de soixante-dix ans.

Le rythme s'accélère. La hausse annuelle mesurée par la NOAA entre janvier 2024 et janvier 2025 a atteint 3,72 ± 0,09 ppm, soit le record absolu depuis 1958. Le précédent maximum, 2,94 ± 0,07 ppm, datait de 2015. La NOAA chiffre ce nouveau record à 27 % au-dessus de l'ancien. Le Met Office anticipe un ralentissement pour 2026, autour de 2,37 ± 0,55 ppm, attribué à une phase La Niña qui dope temporairement les puits naturels de carbone. Un répit conjoncturel sur une trajectoire structurelle qui ne s'inverse pas.

"Another year, another record. It's sad."#

La phrase est de Ralph Keeling, fils de Charles, directeur du programme CO2 à Scripps Institution of Oceanography. Il l'a prononcée en juin 2025 au moment de l'annonce du pic mai 2025 par Scripps. Un an plus tard, son constat tient. Les données publiques, elles, racontent autre chose que les communiqués de presse triomphants sur les transitions énergétiques en cours : le CO2 atmosphérique vient de franchir un nouveau palier, et le palier suivant est déjà en chemin.

Selon le Met Office, le pic de mai 2026 confirmera la concentration de CO2 atmosphérique la plus élevée depuis plus de deux millions d'années. La référence n'est pas rhétorique. Elle vient des reconstitutions paléoclimatiques et place la signature humaine actuelle bien au-delà de toute oscillation naturelle du dernier cycle géologique.

Six ans de budget#

Le chiffre qui rend ces ppm tangibles est ailleurs. L'étude Forster et al. publiée dans Nature Climate Change estime le budget carbone restant pour conserver 50 % de chances de tenir 1,5°C à environ 250 GtCO2 à partir de janvier 2023. Les émissions humaines actuelles, fossiles et changement d'usage des sols inclus, tournent autour de 42 GtCO2 par an selon la NOAA et le Global Carbon Project.

La division est élémentaire : moins de six ans de budget aux émissions actuelles. Une partie a déjà été brûlée depuis janvier 2023. Pour 2026, le budget résiduel se situe donc autour de 130 GtCO2, soit trois ans environ. Et chaque pic de mai à Mauna Loa rappelle que le compteur tourne en temps réel, à raison de 2 à 4 ppm de plus chaque année.

Le calcul ne dit pas que 1,5°C est perdu : il dit qu'à émissions constantes, la cible est atteinte avant la fin du mandat des élus européens en cours. Aucun scénario crédible publié à ce jour ne prévoit une chute des émissions globales suffisante sur cette fenêtre. Les pics annuels de Mauna Loa, eux, sont la seule donnée que personne ne peut négocier.

Ce que la prochaine donnée NOAA va dire#

La moyenne mensuelle officielle de mai 2026 sera publiée par la NOAA Global Monitoring Laboratory au début du mois de juin. Trois scénarios sont possibles. Le premier, prévision Met Office tenue à 432,2 ppm, qui validerait un nouveau record mensuel. Le deuxième, atterrissage légèrement au-dessus de la prévision, comme cela s'est produit en mai 2024 et mai 2025. Le troisième, atterrissage en dessous, scénario le moins probable étant donné la valeur hebdomadaire déjà observée à 432,44 ppm fin avril.

Dans les trois cas, le pic mensuel de mai 2026 sera supérieur à celui de mai 2025. La courbe de Keeling n'a jamais redescendu sous son maximum précédent. Elle ne le fera pas cette année.

À quel niveau de ppm la conversation publique cessera-t-elle de traiter chaque pic comme un événement, pour le traiter comme une trajectoire ?

Pour aller plus loin#

Sources#

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