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Sport de haut niveau et chaleur : le calendrier a changé

Sport de haut niveau et chaleur : le calendrier a changé

Par Julien P.

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Julien P.

En 2014, la FIFA activait sa première pause fraîcheur lors de la Coupe du monde au Brésil, déclenchée dès que le WBGT dépassait 32 degrés à la moitié de chaque mi-temps. Douze ans plus tard, pour l'édition 2026, cette pause n'a plus besoin d'un thermomètre pour exister : elle est inscrite au programme des 104 matchs, quelle que soit la température affichée ce jour-là. Entre ces deux dates, le sport de haut niveau n'a pas attendu un consensus pour bouger ses horaires et ses règlements ; il l'a fait cas par cas, fédération par fédération, presque toujours après un épisode précis.

Quatre instances (ATP, Roland-Garros, Australian Open, FIFA) appliquent aujourd'hui une règle chaleur écrite : trois par seuil WBGT chiffré déclenchant pause ou arrêt de jeu, la quatrième par une pause devenue systématique. Deux marathons mondiaux ont couru à minuit la même année, un marathon olympique a changé de ville. Une course parisienne a été annulée en juin 2026. Le calendrier sportif a déjà changé ; la question, désormais, est de savoir jusqu'où.

2019, l'année où deux marathons ont changé d'heure#

Le 27 septembre 2019, à Doha, le marathon féminin des championnats du monde d'athlétisme s'élance à 23h59. Il fait alors 32,7 degrés, avec 73 % d'humidité. C'est le premier marathon de l'histoire des mondiaux à débuter à minuit. Sur les 68 partantes, 28 abandonnent en cours de course, soit un taux d'abandon de 41 %, un record à ce niveau de compétition selon Yahoo Sports.

Le marathon masculin suit le même schéma une semaine plus tard, le 5 octobre, également programmé à 23h59. Les conditions sont un peu moins sévères, environ 29 degrés et 50 % d'humidité selon Wikipedia, pour 73 concurrents venus de 42 nations.

Un mois plus tard, le 1er novembre 2019, le Comité international olympique tranche à son tour : le marathon et la marche des Jeux de Tokyo 2020 sont déplacés à Sapporo, dans le nord du pays, où les températures attendues sont de 5 à 6 degrés inférieures à celles de Tokyo. La décision se prend sans l'accord de la ville hôte. John Coates, alors président de la commission de coordination du CIO, fait savoir que la question ne se pose plus, que Tokyo peut insister autant qu'elle veut, la décision est prise. Le message, rapporté par ESPN, ne laisse guère de place à la négociation.

Je n'ai pas suivi ces courses en direct à l'époque, mais j'avais treize ans lors de la canicule de 2003, celle qui a rappelé à la France entière que la chaleur tuait. Voir, seize ans plus tard, un sport mondial déplacer une course olympique pour cette même raison n'a rien d'étonnant sur le fond ; ce qui frappe, c'est la vitesse à laquelle la décision a été imposée, un mois à peine après le signal d'alarme de Doha.

Le tableau qui manque au débat sportif#

Les seuils existent, chiffrés, publiés par les fédérations elles-mêmes. Ils sont rarement mis côte à côte, alors que c'est précisément la comparaison qui révèle les écarts de doctrine.

FédérationSeuil WBGTCe qu'il déclenche
ATP (à partir de la saison 2026)30,1 °C dans les deux premiers sets d'un match en deux sets gagnantsPause de 10 minutes à la demande d'un joueur ; au-delà de 32,2 °C, le match est automatiquement suspendu
Roland-Garros30,1 °C (entre le 2e et le 3e set côté femmes, le 3e et le 4e côté hommes)Pause de 10 minutes possible à la demande d'un joueur ; à 32,2 °C ou plus, suspension à la discrétion des officiels, avec fermeture possible des toits Chatrier et Lenglen
Australian Open32,5 °C (relevé du seuil de 28 °C fixé en 2003), remplacé depuis 2019 par une échelle en 5 niveaux de stress thermiqueArrêt du jeu selon le niveau atteint sur l'échelle, plus qu'un seuil unique
FIFA, Coupe du monde 2026Aucun seuil : la pause devient systématiquePause hydratation de 3 minutes à la mi-temps de chaque période, sur les 104 matchs, quelle que soit la température

Un même chiffre, deux façons de l'appliquer#

Ce tableau cache un piège de lecture. L'ATP et Roland-Garros partagent exactement les mêmes valeurs, 30,1 et 32,2 degrés WBGT ; on pourrait en conclure qu'ils appliquent la même règle. Ce n'est pas le cas. Sur l'ATP, la fenêtre de déclenchement de la pause se limite aux deux premiers sets d'un match en deux sets gagnants. À Roland-Garros, elle se situe entre le deuxième et le troisième set côté femmes, entre le troisième et le quatrième côté hommes, avec en plus la possibilité de fermer un toit que l'ATP n'a pas. Le seuil est identique ; la mécanique qui l'entoure ne l'est pas.

L'Australian Open, lui, a changé deux fois de logique. En 2015, le tournoi relève son seuil WBGT de 28 à 32,5 degrés et son seuil de température de l'air de 35 à 40 degrés, pour réduire le nombre d'interruptions. Puis, en 2019, il abandonne l'idée même d'un seuil unique au profit d'une échelle en 5 niveaux de stress thermique, une première en Grand Chelem selon Wikipedia. Paradoxalement, c'est le tournoi qui a le plus relevé sa tolérance à la chaleur qui a aussi le plus complexifié son dispositif de décision.

D'autres seuils circulent, moins solidement établis. Un guide non officiel évoque un seuil de suspension de 30,1 degrés WBGT à Wimbledon, sans que la source en soit une communication officielle du tournoi. Et une étude publiée en 2023-2024 dans une revue à comité de lecture propose, sur la base d'une modélisation de physiologie thermique, de faire descendre le seuil WBGT du marathon de 28 degrés à un intervalle de 24 à 27 degrés ; à ce jour, cette proposition n'a été adoptée par aucune fédération d'athlétisme.

Juin 2026 : quand Paris a annulé plutôt qu'adapté#

Toutes les réponses au risque thermique ne consistent pas à déplacer une course ou à ajuster un seuil. Certaines consistent à l'annuler purement et simplement. Les courses We Run Paris, organisées par le PSG et prévues les 27 et 28 juin 2026, en ont fait les frais. La préfecture de police de Paris avait interdit dès le 21 juin les compétitions sportives tant que la vigilance rouge canicule de Météo-France restait active sur la capitale. Le club a confirmé l'annulation en expliquant que les conditions nécessaires pour garantir la sécurité des milliers de participants et de toutes les personnes impliquées dans l'événement ne pouvaient pas être assurées.

C'est le type de décision qui ne laisse pas de trace dans un règlement chiffré : pas de seuil WBGT, pas de pause à discuter, juste un arrêté préfectoral et une course qui n'a pas eu lieu. Elle contraste avec les travailleurs du bâtiment exposés en extérieur, qui n'ont pas toujours la possibilité d'annuler leur journée aussi simplement qu'un organisateur d'événement sportif grand public.

Les Jeux d'hiver ont-ils un avenir climatique chiffré ?#

Une étude commandée par le CIO en 2024, menée par Scott et Steiger et publiée dans la revue Current Issues in Tourism, a examiné 93 villes ou régions ayant déjà accueilli des Jeux d'hiver. Sous un scénario d'émissions moyen, l'étude conclut que 52 de ces 93 sites resteront climatiquement fiables dans les années 2050, et 46 dans les années 2080, selon le communiqué relayé par l'université de Waterloo.

Des chiffres plus alarmants circulent parfois dans la presse généraliste, mais je préfère ne pas les reprendre ici : je ne les ai pas trouvés vérifiés à leur source primaire, contrairement à ceux de l'étude Scott et Steiger. Le vide est plus honnête que l'à-peu-près, même quand le chiffre absent aurait été plus frappant.

Ce que l'étude montre, en tout cas, c'est qu'un scénario moyen fait déjà passer près de la moitié des sites étudiés sous le seuil de fiabilité climatique en quelques décennies. Les stations de ski françaises vivent une version locale et plus immédiate du même arbitrage entre neige de culture et fermeture.

Et maintenant ?#

Ce que les données racontent, c'est une accumulation de décisions séparées, prises sport par sport, souvent après coup. Aucune instance internationale n'a encore posé une doctrine commune sur ce que doit être un seuil WBGT acceptable, ni sur le moment où déplacer devient plus raisonnable qu'annuler. La FIFA a choisi de supprimer la condition ; l'Australian Open a choisi de complexifier son échelle ; le CIO a choisi, en 2019, d'imposer une décision en un mois. Trois logiques différentes pour un même problème, sept ans après Doha et vingt-quatre avant l'échéance 2050 de l'étude Scott et Steiger. Reste à savoir laquelle tiendra le mieux quand la chaleur, elle, ne changera pas de calendrier.

Le phénomène dépasse largement le seul cadre sportif : les îlots de chaleur urbains et les vagues de chaleur marines suivent la même trajectoire, avec les mêmes questions d'adaptation posées à des échelles différentes.

FAQ#

Pourquoi le marathon des mondiaux d'athlétisme 2019 a-t-il eu lieu à minuit ?#

À Doha, en septembre 2019, la chaleur diurne rendait la course dangereuse. Le marathon féminin a débuté à 23h59 le 27 septembre, une première dans l'histoire des championnats du monde, avec 32,7 degrés et 73 % d'humidité au départ.

Pourquoi le marathon olympique de Tokyo 2020 a-t-il été déplacé à Sapporo ?#

Le Comité international olympique a tranché le 1er novembre 2019, invoquant un écart de température de 5 à 6 degrés en faveur de Sapporo par rapport à Tokyo. La décision a été maintenue malgré l'opposition de la ville hôte.

Les seuils de l'ATP et de Roland-Garros sont-ils identiques ?#

Les valeurs chiffrées le sont, 30,1 et 32,2 degrés WBGT. Leur application ne l'est pas : la fenêtre de déclenchement de la pause diffère selon les sets concernés, et Roland-Garros dispose en plus de la possibilité de fermer certains toits.

Pourquoi les courses We Run Paris ont-elles été annulées en juin 2026 ?#

La préfecture de police de Paris avait interdit les compétitions sportives dès le 21 juin 2026, tant que la vigilance rouge canicule de Météo-France restait active sur la capitale. Le PSG a confirmé l'annulation des courses des 27 et 28 juin pour raison de sécurité.

Combien de sites de Jeux d'hiver resteront viables face au changement climatique ?#

Selon l'étude 2024 commandée par le CIO sur 93 villes ou régions ayant déjà accueilli des Jeux d'hiver, 52 resteraient climatiquement fiables dans les années 2050 et 46 dans les années 2080, sous un scénario d'émissions moyen.

Sources#

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